Benny Golson, la machine à jazz

Benny Golson, âgé aujourd’hui de 89 ans, a eu énormément d’influence sur la vie du jazz des années 1950.
Photo: Lisa Stein Benny Golson, âgé aujourd’hui de 89 ans, a eu énormément d’influence sur la vie du jazz des années 1950.

De tous les musiciens de jazz inscrits au programme du prochain Festival international de jazz de Montréal (FIJM), le saxophoniste Benny Golson se distingue de manière aussi marquée que profonde par ceci : tous ceux qui viendront cette année, ainsi que ceux qui sont venus l’an dernier et au cours des années antérieures, et ceux qui viendront lors des années postérieures à 2018 ont interprété ou vont interpréter du Golson. Et il en sera ainsi jusqu’à la nuit des temps. Alléluia, plutôt qu’amen.

Avec Horace Silver, Golson est celui qui a écrit le plus grand nombre de pièces qui sont devenues des standards : Along Came Betty, Killer Joe, Whisper Not, Blues March, I Remember Clifford, Turning Point, Dear Kathy, Stablemates, Just by Myself et autres. Les 1er et 2 juillet au Upstairs, Golson et le trio du pianiste Emmit Cohen vont les décliner et les sculpter, ces morceaux qui méritent le qualificatif d’anthologie.

Cet homme âgé aujourd’hui de 89 ans a eu énormément d’influence sur la vie du jazz des années 1950. À sa manière, lui, mais aussi Horace Silver, Sonny Rollins et Art Blakey ont arrêté les balises du hard bop. Ils ont ouvert la voie que des milliers de musiciens à travers le monde ont depuis empruntée. Il y a un peu plus d’un an, il a publié un album formidable : Horizon Ahead sur étiquette High Note. On l’a joint pour en discuter, ce disque étant en quelque sorte un lien avec ce qui précède.

 


« Le morceau principal, qui est aussi le titre de l’album, est en fait un hommage à tous ces musiciens que l’on ne connaît pas, mais qui, soir après soir, jouent ici et là en essayant toujours d’être meilleurs. Je les trouve fantastiques. En tout cas, je connais assez le milieu pour savoir qu’ils essayent toujours de s’améliorer. »

Est-ce qu’on peut dire que vous êtes obsédé par la composition là où votre grand ami John Coltrane était obsédé par le saxophone ? « Oui, j’ai été obsédé par la composition. C’est un peu pour ça que, dans les années 1960, j’ai abandonné la scène du jazz. J’ai quitté le Jazztet, que j’avais fondé avec Art Farmer, et ma propre carrière afin d’aller étudier avec les maîtres de la composition. Puis, je me suis installé à Los Angeles, où je suis resté une douzaine d’années. J’ai travaillé pour les studios. J’ai fait beaucoup de télé. M.A.S.H. pendant trois ans, la Partridge Family, Mission impossible, The Mod Squad, Mannix et bien d’autres. »

Lorsque vous êtes revenu sur la scène au début des années 1980, vous avez notamment refondé le Jazztet avec Art Farmer et réalisé l’album Moment to Moment. Pourquoi ne pas avoir continué plus longtemps ? « Art vivait alors en Europe. Quant aux autres musiciens, ils étaient tous des leaders. Ils étaient très occupés. En fait, cet album, nous l’avons fait pour notre plaisir. Chacun savait que ça ne durerait pas. Tout simplement. »

Il y a un peu plus d’un an, comme ça en passant, on a eu le bonheur de voir et d’entendre Golson au New Morning, le nom bien français d’un club parisien. On a été alors ébahi par le génie mélodique de notre saxophoniste. S’il y a une chose qui devrait singulariser le prochain FIJM, c’est bel et bien ça : le génie mélodique de M. Golson.


À mettre au calendrier

Du 14 au 16 juin, le Centre culturel de Beloeil propose une série de concerts de jazz. Les saxophonistes Rémi Bolduc et Yannick Rieu, les pianistes Taurey Butler et Yves Léveillé, le trompettiste Ron Di Lauro et le Big Band Jazz sont au programme.