Afrirampo charme Victo

En clôture de la soirée de samedi, le duo Afrirampo a insufflé une fantaisie révoltée à une soirée à thématique japonaise.
Photo: Martin Morissette En clôture de la soirée de samedi, le duo Afrirampo a insufflé une fantaisie révoltée à une soirée à thématique japonaise.

La troisième journée du Festival international de musique actuelle de Victoriaville (FIMAV) s’est terminée avec des applaudissements nourris, des comptines à répondre et des « je t’aime » à la volée, après le concert du duo noise-rock d’Osaka Afrirampo, qui terminaient une première soirée thématique au festival somme toute assez calme, outre cette intervention.

Présenté plus tôt dans la soirée, le trio free-jazz Fire !, mené par le saxophoniste suédois Mats Gustafsson, était visiblement très attendu : la salle du Carré 150, au centre-ville, était pleine à craquer. Le trio, complété par le bassiste Johan Berthling et le batteur Andreas Werliin, a tenu la foule en haleine jusqu’à la toute fin, offrant même un rare rappel.

Véhicule d’improvisation free-jazz, doté d’une connotation prog-rock très assumée, Fire ! a enchaîné ses notes crues dans une belle complicité, le saxophone menant le bateau dans des recoins inattendus : parfois très noirs et denses, parfois baigné dans le classic-rock. Le groupe, qui a récemment fait paraître un sixième album, The Hands, fait preuve d’une grande maîtrise de ses moyens. Après un long enchaînement orné de mysticisme enveloppant, le groupe a quitté la scène pour mieux revenir, offrant un rappel à la construction presque métal, une tension à la cadence tranchante. La traversée sonique hypnotisante a provoqué ovation et cris enthousiastes.

Une thématique

Après Fire !, les activités se sont déplacées vers l’emblématique Colisée de Victoriaville, indissociable du Festival, pour une première soirée à thème dans son histoire, comme l’a précisé son directeur général, Michel Levasseur. Une soirée femmes japonaises. Et de premières canadiennes, qui plus est.

La série de concerts a donc commencé avec une prestation un peu clinique de la musicienne électronique et figure importante des expérimentations musicales japonaises Phew.

La vénérable artiste, installée derrière sa table, a élaboré une ambiance presque cosmique, en élévation, mais la connexion avec le public rassemblé — qui semblait pris quelque part entre l’attente et l’émerveillement — était somme toute minime. Sa voix, enregistrée en exclamations uniques ensuite répétées grâce à la magie de l’électronique, était démultipliée, formant une chorale de Phew. L’ensemble s’est révélé plus puissant en seconde moitié, lorsque ces répétitions de voix ont gagné une valeur presque orgasmique, faisant naître un sentiment d’extase plus tangible. Si Phew a réussi le pari de faire voyager les esprits à travers sa courtepointe électronique et vocale, celle-ci aurait tout de gagné à être accompagnée d’une valeur visuelle. Cette même ambiance, reçue dans des sièges confortables avec des projections fantasmagoriques à regarder, aurait visé dans le mile.

Ensuite, la scène du Colisée a accueilli la formation Saicobab, mené par l’énergique vocaliste YoshimiO, aussi membre des formations OOIOO et Boredoms. Des admirateurs de la chanteuse présents dans la salle étaient visiblement fébriles à l’idée de revoir celle qui a foulé la scène du Colisée en 2006 avec Boredoms. Saicobab est beaucoup moins criant que les autres projets de YoshimiO, porté par une mélodie à la sitar enivrante. Le trio, qui compte Motoyuki Hamamoto aux percussions et Yoshida Daikiti au sitar électrique, semblait très content de présenter ses compositions entre ragâ indien et progressions vocales primales.

Le jeu de Daikiti, élément étant autant une ligne directrice qu’un complément à la voix survoltée, est impressionnant. Le groupe a offert le contenu de son album Sab Se Purani Bab, paru en octobre, qui contient de belles envolées. Après une entrée en scène enthousiasmante par son énergie punk — qui rappelle parfois Sonic Youth version sitar — le trio, malgré sa belle chimie, a un peu stagné, perdant ça et là l’attention du public. Encore une fois ici, la musique de Saicobab aurait mérité un contrepoids visuel pour se savourer à son plein potentiel.

L’énergie brute d’Afrirampo

Mais le moment de grâce de la soirée a été offert par le duo féminin Afrirampo et son noise-rock plein de charme. Il était bien passé minuit — ceci explique sans doute que la salle se soit quelque peu vidée au moment de commencer — lorsque Oni et Pika, ces deux femmes d’Osaka qui créent ensemble depuis 2002, sont montées sur scène de façon théâtrale. Vêtues de rouge et le visage peint de symboles obscurs, le groupe a d’abord lancé des « je t’aimeuuuuh » bouffons au public, l’enjoignant à répéter après lui. Dans cette ambiance désormais bon enfant, les deux jeunes femmes expressives ont offert une prestation surtout faite de chansons nouvelles, à peine deux ans après leur reformation suivant six ans de pause.

Afrirampo est résolument un groupe fait pour la scène. Les enregistrements, quoique bruitistes et chargés, ne parviennent pas à rendre l’énergie primale que l’on a pu voir sur la scène du Colisée de Victo samedi soir. Entre vulnérabilité et fronde, le groupe au groove certain a servi un puissant cocktail rock expressionniste, alternant les voix au micro, multipliant les harmonies et surtout, jouant très fort. À la batterie, Pika est une bombe.

Après quelques chansons qui ont bien mis la table, notons toutefois un passage à vide fait de spoken-word absurde, qui a malheureusement cassé le rythme. Mais il n’a fallu qu’une chanson pour que le public, très enthousiaste, retourne dans le giron des deux musiciennes.

La grâce a été complète sur la dernière chanson, une comptine d’abord naïve ayant pour sujet les étoiles, qui s’est vite transformée en hymne magistralement rock, montrant toute la complicité musicale et scénique d’Afrirampo. La communion du groupe et du public était palpable. Bref, pour une première visite au Canada, parions que ces deux-là auront laissé leur marque.