Un nouveau capitaine aux commandes du festival de Tadoussac

Le Festival de la chanson propose chaque année un spectacle en plein air à la Pointe-de-l’Islet, un endroit situé à l’embouchure du fjord du Saguenay.
Photo: Marc Loiselle Le Festival de la chanson propose chaque année un spectacle en plein air à la Pointe-de-l’Islet, un endroit situé à l’embouchure du fjord du Saguenay.

Le temps a passé, les artistes aussi, mais le Festival de la chanson de Tadoussac est toujours là, malgré les aléas financiers et la multiplication des rendez-vous musicaux estivaux au Québec. L’événement, qui dévoilait mercredi la programmation de sa 35e édition, est d’ailleurs cette année sous la gouverne d’un nouveau capitaine.

« Ce sont de grands souliers à chausser », reconnaît d’entrée de jeu Julien Pinardon, nouvellement promu directeur du festival. Il succède en effet à un vieux routier, Charles Breton, qui a dirigé le rendez-vous de la Côte-Nord pendant 20 ans, avant de céder sa place pour devenir maire de Tadoussac.

Le nouveau leader de la petite équipe de bureau de neuf personnes, Français d’origine, travaillait déjà à l’organisation de l’événement, en compagnie de Charles Breton. Arrivé pour la première fois à « Tadou » en 2008, Julien Pinardon est tombé amoureux des lieux, charmé au point de venir s’installer dans ce village « bipolaire », presque désert l’hiver et envahi par des cohortes de touristes en été.

Habitué de l’air ambiant, mais aussi de l’esprit du Festival de la chanson, le directeur annonce d’ailleurs une évolution tranquille, par rapport à la trajectoire des années passées. Certes, les artistes connus occupent une place importante dans la programmation, mais les festivaliers qui feront la route jusqu’à l’embouchure du Saguenay continueront de s’abreuver abondamment au son des découvertes. Bref, il faut débarquer avec l’esprit ouvert, comme l’a constaté l’auteur de ces lignes au fil des treize dernières éditions.

« Ça fait partie de l’ADN du festival depuis le début de faire de la place à des artistes émergents, mais talentueux et prometteurs. C’est quelque chose qu’on tient à préserver dans notre programmation artistique et c’est quelque chose qui nous permet d’apporter un élément distinctif à Tadoussac », explique Julien Pinardon.

Il insiste d’ailleurs sur la volonté d’ouvrir le paysage musical « à la francophonie canadienne hors Québec, mais aussi aux artistes venus d’ailleurs ». Cette année, ils proviennent notamment de l’Italie, de la Guadeloupe et de la France, mais aussi de la Saskatchewan et du Nouveau-Brunswick.

Se démarquer

Il faut dire qu’au fil des ans, les festivals de musique se sont multipliés dans les régions du Québec. Celui de Tadoussac, « qui était pour ainsi dire seul il y a à peine quelques années », rappelle Charles Breton, doit notamment composer avec le très couru Festif ! de Baie-Saint-Paul, mais aussi la Noce, à Chicoutimi.

« Dans ce contexte-là, il est de plus en plus difficile de se démarquer, d’autant plus que nous sommes un peu à la remorque des tournées des artistes. Mais il faut chercher à se distinguer, notamment en misant sur des artistes qui viennent de l’extérieur du Québec. Et le public est de plus en plus ouvert à la découverte, à un paysage musical plus éclaté », souligne Charles Breton, qui a participé au sauvetage de l’événement en le prenant en main il y a 20 ans.

Au-delà du volet artistique, agréable à rebâtir chaque année, l’ancien directeur déplore la nécessité de lutter encore aujourd’hui pour obtenir les moyens financiers nécessaires pour assurer la survie du festival. « C’est particulier, après 35 ans d’existence, de devoir encore justifier le fait qu’on existe », laisse-t-il tomber.

« C’est clair que la réalité en dehors des grands centres est difficile. L’argent du secteur privé est rare dans les plus petits milieux. C’est donc difficile d’avoir une grande diversité de sources de revenus. Le gouvernement devrait en tenir compte et compenser, mais ce n’est pas le cas. Le mot “région” est surtout utilisé dans les discours. »

Découvertes et valeurs sûres

On ne réinvente pas la roue, mais cette 35e édition du Festival de la chanson de Tadoussac offre un large registre musical, tant au chapitre des artistes connus que des noms à surveiller. Oui, il y aura des têtes d’affiche, avec Marjo, Les Trois Accords et Klô Pelgag dans l’église du village. Mais on aura aussi droit à Valaire (qui prendra aussi la forme de Qualité Motel) et Keith Kouna en formule nocturne, sans oublier Les Hay Babies ou encore Tire le coyote. Avec une édition qui se déroule sur quatre jours, du 28 juin au 1er juillet, il reste beaucoup de places pour la relève et les découvertes, dont Émile Bilodeau, le blues en créole de Delgrès, la surprenante Lior Shoov et trois soirées animées sur le site de l’incontournable auberge de jeunesse, avec notamment Mononc’ Serge et Afrikana Soul Sister. On renouvelle aussi la belle formule des spectacles campés dans le décor de Tadoussac, avec la randonnée en kayak pour se rendre à l’Anse à la barque, mais aussi la tournée de la Pointe-de-l’Islet et un tour de chant dans le secteur des dunes.