La cartographie du blues d’une ancienne «rockstar»

Entre son domicile dans les environs de Montréal et celui des Bahamas, entre ses amis de la métropole, de Toronto, de Vancouver ou d’Halifax, cet ex-membre d’April Wine aura pris dix ans pour réaliser cet album.
Photo: Geoff Kulawick Entre son domicile dans les environs de Montréal et celui des Bahamas, entre ses amis de la métropole, de Toronto, de Vancouver ou d’Halifax, cet ex-membre d’April Wine aura pris dix ans pour réaliser cet album.

Lorsque la rockstar n’est plus en mesure de faire le salto arrière, autrement dit lorsque son cheveu a blanchi et que les oreilles sont quelque peu abîmées par des millions de volts, elle fait une pause. Cette pause dure parfois trois ans, parfois dix ans. Puis hop ! Voilà que la rockstar se recycle dans le blues ou le jazz. La voilà libre de faire ce qu’elle a envie de faire avec qui elle veut et comme elle le veut. Myles Goodwyn, guitariste et chanteur, est le résumé éloquent de ce qui précède, ainsi qu’en témoigne son album intitulé Myles Goodwyn and Friends of the Blues.

Entre son domicile dans les environs de Montréal et celui des Bahamas, entre ses amis « genre-requins-de-studio » de la métropole, de Toronto, de Vancouver ou d’Halifax, cet ex-membre d’April Wine, une formation qui a vendu 20 millions d’albums dans les années 1970 et 1980, aura pris dix ans pour réaliser cet album sans prétention. Ce temps, soit une décennie, est lié, si l’on peut dire, à l’emploi du temps des personnes avec lesquelles Goodwyn a voulu poursuivre son aventure.

C’est bien simple, les personnes en question étant réputées aux quatre coins du continent, elles sont constamment sollicitées. Ces musiciens s’appellent Amos Garrett, David Wilcox, Steve Segal, Eric Khayat, Kenny Wayne, Bill Stevenson, Mike Carrol, Blair McKay, Alex Fraser et Jack de Keyzer. Ces musiciens, c’est à retenir, savent tout faire. Ils ont accompagné Céline Dion et Stevie Wonder, Emmylou Harris et Robert Charlebois, Nanette Workman et le Greatful Dead, Fats Domino et B. B. King.

Ils ont arrangé des musiques de film, genre Bon cop, bad cop, des centaines d’émissions de télévision. D’Amos Garrett, un Américain qui a grandi à Montréal, Jimmy Page de Led Zeppelin dit qu’il est l’un des meilleurs guitaristes de l’Amérique. De Jack de Keyzer, Bob Dylan a dit : « S’il était un guitariste de Detroit, de Chicago ou de New York, il serait une star. »

Ensemble, ces messieurs menés par Goodwyn ont composé un album qui a ceci de rare : il est une cartographie du blues. Un coup, ils nous transportent au Texas de Jimmy Vaughan ; un autre coup, nous voici à La Nouvelle-Orléans de Fats Domino ; un coup encore, et nous voici dans la Géorgie des Allman Brothers ou dans le Chicago de Muddy Waters. L’ensemble est aussi curieux que plaisant.

D’autant que, tout au long de l’album ou presque, Goodwyn a eu le bon goût de rythmer ses compositions de ces accents vocaux qui font la beauté et la profondeur du gospel. Sur les 12 pièces du disque, 11 sont de lui, la deuxième, Isn’t that So, est de Jesse Winchester, qui s’était installé à Montréal en 1967 pour échapper au service militaire à l’époque de la guerre au Vietnam. Parlant de Winchester, on tient à rappeler que ses chansons ont fait le bonheur d’Elvis Costello, Jimmy Buffet, Lyle Lovett et surtout Joan Baez.

Cet album est fort bien nommé Myles Goodwyn and Friends of the Blues sur étiquette Linus. C’est vraiment cela : un disque fait avec des amis dans le but de produire quelque chose de simple. C’est par ailleurs tellement bien produit que ça se prend comme du petit-lait, car ce diable d’homme qu’est Goodwyn est par-dessus le marché la définition de la voix claire.

 
 

À signaler : le compositeur et trompettiste Terence Blanchard met la dernière main à l’écriture d’un second opéra basé sur Fire Shut Up in My Bones du chroniqueur Charles Blow du New York Times. Le livret sera assurément politique, Blow étant particulièrement remonté, et avec raison, contre le racisme institutionnalisé comme jamais depuis l’entrée de Trump à la Maison-Blanche.

En concert cette semaine

Le guitariste new-yorkais Peter Bernstein est l’invité du trio du pianiste Andrés Vial, qui comprend Martin Hislop à la contrebasse et André White au piano. Ce spectacle sera l’occasion de lancer un nouvel album du trio intitulé Sphereology Volume One consacré aux compositions de Thelonious Monk. Le spectacle a lieu ce samedi soir au Upstairs. La première partie débute à 19 h, la seconde, à 21 h 45.

 

Le vendredi 30 mars, l’un des plus grands pianistes qui soit occupera la scène du Upstairs. Seul ! Il s’agit de Fred Hersch, dont le curriculum est à l’image du Who’s Who : encyclopédique. La première partie du spectacle débute à 19 h, la seconde, à 21 h 45.