Un mois idéal pour revisiter l’histoire du jazz

Duke Ellington au théâtre Olympia de Paris, en 1958
Photo: Associated Press/Herman Leonard Photography, LLC., CTSIMAGES Duke Ellington au théâtre Olympia de Paris, en 1958

Qui dit février dit mois de la glace, du grésil et autres agressions météorologiques, mais dit surtout et avant tout le Mois de l’histoire des Noirs. Tout logiquement, si l’on ose dire, on vous propose aujourd’hui de délier les principales conséquences découlant des allers-retours effectués par certains des grands du jazz entre l’Amérique et l’Afrique, soit ce continent que Dizzy Gillespie avait baptisé Mama Africa, la mère nourricière, lors de l’enregistrement du dynamique Sweet Low Sweet Cadillac sur étiquette Impulse !

Le premier effet boomerang notable entre les deux rives de l’Atlantique fut signé par Duke Ellington, petit-fils d’esclaves, lors de son long séjour au Cotton Club de New York à la fin des années 1920 et au début des années 1930. L’effet en question, Edward de son prénom l’avait ciselé à l’aune de la dignité de l’être humain dit de couleur, d’abord, et de sa fierté ensuite. Trois compositions sont emblématiques de cette époque : Creole Love Call, Black and Tan Fantasy et Caravan qui sont présentes sur The Okeh Ellington 1927-1930, publié par Columbia/Sony.

Plus tard, Ellington va écrire toute une suite sur le sujet baptisée Black, Brown Beige parue sur étiquette Bluebird sous le titre The 1944-1946 Band Recordings. Puis, en 1971, il composera, il enregistrera ce qui est pour nous le sommet de sa longue recherche sur l’africanité : The Afro-Eurasian Eclipse sur Fantasy. Ce qu’il espérait alors, soit un dépassement des clivages raciaux, le refus constant du repli sur soi ou, en d’autres mots, du nationalisme, ainsi qu’il l’expliqua, s’est récemment et encore une fois fracassé sur les décombres du racisme institutionnalisé, ainsi qu’en témoigne l’émergence de l’organisation Black Lives Matter, dont le nom commande en soi mille et une interrogations.

Après Ellington, deux artistes vont se distinguer dès les années 1950 en allant à la source de ce voyage aussi culturel et politique que géographique. Ils s’appellent Randy Weston et Art Blakey. Le premier, pianiste, compositeur et avocat de la cause noire, va étudier à fond les musiques, les rythmes divers de l’Afrique ainsi que son Histoire (avec un grand H) avec un soin si méticuleux qu’il va produire après 40 ans d’études ce qui n’est rien de moins qu’un des 20 meilleurs albums de l’histoire du jazz : The Spirits of Our Ancestors sur étiquette Verve.

Art Blakey ? Après avoir répondu avec d’autres, dont Horace Silver, au jazz West-Coast en s’appliquant à la gestation du hard bop, dans les années 1950, Blakey va étudier sur place les rythmes de l’Afrique de l’Ouest en s’attardant particulièrement au Nigeria. En 1962, il va réaliser ce qui reste, sur le flanc des percussions, l’étalon du genre : The African Beat publié en 1962 sur Blue Note. Ce disque a été fait avec l’apport de sept percussionnistes africains.

Weston, Blakey et, dans une moindre mesure, John Coltrane et Charles Mingus, vont influencer, voire convaincre des plus jeunes à creuser le sillon africain. Parmi ces derniers, on retient les incontournables suivants : The Castles of Ghana du clarinettiste John Carter sur Gramavision et Dogon A. D. du saxophoniste Julius Hemphill, qui, il faut le préciser, est fort mal distribué. Cela est d’autant plus dommage qu’Hemphill symbolise avec The Art Ensemble of Chicago cette impression de l’africanité sur le corps du jazz. En plus d’avoir fondé The Black Artists Group de Saint-Louis, au milieu des années 1960, et le World Saxophone Quartet, Hemphill était un érudit pour tout ce qui a trait à l’empire Dogon.

Et maintenant, le sommet du genre : Urban Bushmen sur ECM par l’une des dix meilleures formations de l’Histoire : The Art Ensemble of Chicago. On le répète : c’est un chef-d’oeuvre… d’africanité.

Concerts de la semaine

Alarie-Roney-Di Lauro. Ce samedi soir, le Centre culturel de Beloeil présente un trio qui se conjugue avec la finesse ou la grâce, c’est au choix. Un trio à l’architecture musicale peu courante : Frédéric Alarie est à la contrebasse, John Roney au piano et Ron Di Lauro à la trompette. Ensemble, ces messieurs vont délier les grands moments musicaux de Chet Baker. Le spectacle débute à 20 h.

Laura Anglade. À l’affiche de Biddle’s, la chanteuse Laura Anglade sera accompagnée du guitariste Sam Kirmayer et du contrebassiste Mike de Masi. On dit de cette chanteuse qu’elle poursuit le travail accompli par Helen Merrill et Julie London. Au programme : des standards du jazz. Le spectacle commence à 19 h 30 ce samedi.