Nouveaux disques à vendre, mode d’emploi

Le prolifique Dumas revient cette année avec un douzième album studio en carrière.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le prolifique Dumas revient cette année avec un douzième album studio en carrière.

Permettez cette phrase qui semble bégayer dans sa syntaxe : pas mal des disques attendus dans les mois qui viennent correspondent aux spectacles attendus dans les mois qui viennent. J’insiste exprès. Et j’explique. Il fut un temps où les disques paraissaient à l’automne, saison faste qui culminait aux Fêtes, car on s’offrait des objets avec de la musique gravée dessus, ou encodée dedans, du vinyle au CD (en passant par les cassettes à quatre ou huit pistes). À partir de février s’alignaient des premières de spectacles, profitant des ventes d’avant-Noël. Il y avait ainsi un notable intervalle entre l’album et le spectacle de l’album, ce qu’on supposait être le temps nécessaire à l’absorption des nouvelles chansons.

Ça arrive encore, mais le temps s’est accéléré, les ventes se sont chagrinées et l’industrie s’est dématérialisée. Désormais, on lance un premier extrait d’album le plus longtemps possible en amont, et on rapproche les sorties, jusqu’à les joindre : soit le spectacle suit de très près le disque, soit on neutralise carrément les pique-assiette en combinant le tout en un seul événement, le lancement-spectacle. De plus en plus, l’appellation « lancement » le permettant, l’artiste joue TOUTES les chansons neuves lors d’une première-qui-n’en-est-plus-tout-à-fait-une : le public découvre le matériel d’un bloc. Cela suppose beaucoup de confiance de part et d’autre. C’est le nouveau pari.

Blitz ou pas blitz

Photo: Amy Harris Associated Press Justin Timberlake lors d’une prestation au Festival Pilgrimage de Franklin au Tennessee, en septembre dernier

Voyez Justin Timberlake la mégavedette : quand sortira Man of the Woods, la tournée Man of the Woods sera en train. Il y aura tout juste un mois entre l’arrivée du Deception Day de Milk & Bone sur les plateformes numériques et en magasin (dont la version vinyle, à nouveau requise) et le spectacle à Montréal en lumière.

Le chanteur néo-zélandais Marlon Williams sera en ville à peu près au moment où son Make Way for Love atteindra nos rives. Pareil pour le duo First Aid Kit : c’est quasiment la simultanéité pour l’album Ruins et le spectacle de l’album Ruins. Pas de risque à prendre en 2018. Jusqu’à une Joan Baez qui fait coïncider son premier disque de nouveau matériel en dix ans (Whistle Down the Wind) avec ce qu’elle annonce comme sa dernière année de tournée : la militante en elle n’a rien perdu de son mordant, et il y a justement quelques petits doigts de petites mains qu’il faut empêcher de tapoter quelque bouton rouge par mégarde.

Il y en aura bien quelques-uns qui continueront à n’en faire qu’à leur tête de chou. Un Arthur H nous fréquente assez pour que le double albumAmour chien fou nous parvienne à la mi-janvier et qu’il revienne nous chanter ça quand il le jugera bon, sans doute pas avant les FrancoFolies : question de fidélité.

Photo: Alberic Jouzeau Universal L’auteure-compositrice-interprète française Juliette Armanet

D’autres encore acheminent leurs nouveautés, mais sans jamais se déplacer : Mylène Farmer servira À quoi je sers, mais sans suivi. À l’opposé, il y a fort à parier que la sortie locale de l’édition deluxe de l’album Petite amie de Juliette Armanet (avec quatre titres en sus) préparera sa venue. Dominique A, Feu ! Chatterton, Franz Ferdinand, James Hunter Six, Calexico, même combat : dépêchez-vous d’écouter nos propositions, nous débarquons.

Quelques-uns continuent de privilégier la manière douce : l’arrivée sur disque du trio CHANCES (Chloé Lacasse, Vincent Carré, Geneviève Toupin), prévue en avril, s’est préparée lentement, sans s’énerver, depuis un an. Ian Kelly s’est lié au Magnéto Trio pour le plaisir d’un nouveau projet facultatif : le quatuor ainsi formé s’appelle Monsieur Chandler. Comme ça se prononce. Pareillement, Éric Goulet annonce un nouveau Monsieur Mono. Quand ça arrivera ? Quand ce sera le temps.

Le moment idéal pour Dumas

Il y a un moment dans les vraies carrières d’auteurs-compositeurs-interprètes où ça repart sur de nouveaux rails, quelques stations plus loin sur le chemin vers soi. Rien qu’à entendre À l’est d’Éden, le premier extrait de Mes idéaux, une évidence s’impose : Dumas s’est déposé. Le temps a passé, la méthode du riff asséné de bout en bout a vécu. Le vocabulaire musical s’est enrichi. Ça groove sans hâte, ça pénètre pour rester. Ce qui augure franchement du meilleur pour l’album. C’est lancé le 23 février, une date idéale. On prendra le temps d’en parler.