Plusieurs orchestres rompent les liens avec Charles Dutoit

Trois chanteuses d’opéra et une musicienne soutiennent que Charles Dutoit les a agressées sexuellement de 1985 à 2010.
Photo: Christina Alonso Trois chanteuses d’opéra et une musicienne soutiennent que Charles Dutoit les a agressées sexuellement de 1985 à 2010.

Après les révélations, les conséquences : au moins huit orchestres symphoniques majeurs ont rompu leurs liens avec Charles Dutoit vendredi — parfois d’un accord commun — dans la foulée des allégations d’agressions sexuelles à son endroit.

L’Orchestre de Philadelphie, où M. Dutoit était chef émérite, a réagi le plus fortement. « L’Orchestre met un terme à son association avec M. Dutoit, indique un communiqué publié vendredi après-midi. Nous lui avons retiré son titre honorifique. »

Le Royal Philharmonic de Londres, où M. Dutoit est chef d’orchestre principal, a pour sa part indiqué que l’organisation et Charles Dutoit avaient « conjointement accepté » son retrait de ses obligations prochaines envers l’orchestre.

L’institution a dit prendre les accusations « très au sérieux », mais elle estime que « Charles Dutoit doit avoir une occasion juste d’obtenir des avis juridiques et de contester ces accusations ».

À Tokyo, l’Orchestre symphonique NHK (où M. Dutoit est aussi chef émérite) a indiqué lui aussi qu’il prenait la situation très au sérieux, mais on attend des nouvelles de M. Dutoit avant de prendre une décision sur les concerts prévus en 2018.

D’autres ont choisi d’aller de l’avant dès maintenant. L’Orchestre de Cleveland a annoncé que M. Dutoit ne dirigera pas comme prévu les concerts du 22 au 24 février 2018.

Par communiqué, l’Orchestre a indiqué « ne pas avoir reçu de plaintes spécifiques liées à M. Dutoit au cours de ses engagements précédents avec l’Orchestre de Cleveland », mais a ajouté qu’il est essentiel pour l’organisation « de fournir un milieu de travail professionnel et sécuritaire, dénué de toute forme de conduite inappropriée ».

Le San Francisco Symphony a lui aussi rompu ses liens avec le maestro, indiquant par communiqué que « la nature grave » des allégations et la « politique de tolérance zéro » de l’orchestre envers le harcèlement sexuel en milieu de travail avaient motivé sa décision. Charles Dutoit devait diriger l’orchestre pendant deux semaines en avril.

Même réaction à Boston. « Nous mettons un terme à notre relation avec lui et il ne sera plus chef invité de l’Orchestre », affirme un communiqué de l’Orchestre symphonique de Boston, qui parle d’allégations « extrêmement troublantes ». M. Dutoit y était chef d’orchestre régulier depuis 1981.

L’Orchestre philharmonique de New York a de son côté annoncé jeudi soir que M. Dutoit se retirait des deux concerts prévus le mois prochain. de harcèlement.

L’Orchestre symphonique de Chicago a également annoncé que les six concerts que devait diriger Charles Dutoit en mars et en avril prochains seront confiés à quelqu’un d’autre : le communiqué dit « qu’en réponse aux allégations, M. Dutoit a informé l’Orchestre qu’il se retirait des concerts ».

Dutoit consulte son avocat

Tout cela dans la foulée de révélations de l’Associated Press jeudi, où trois chanteuses d’opéra et une musicienne soutiennent que Charles Dutoit, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Montréal entre 1977 et 2002, les a agressées sexuellement de 1985 à 2010.

M. Dutoit a confié dans un courriel envoyé au Devoir dans la nuit de jeudi à vendredi qu’il ne peut « malheureusement pas commenter ces attaques avant d’avoir rencontré un avocat à New York ».

À Montréal, la direction de l’OSM a réagi avec circonspection. « Les allégations se rapportent à des événements qui se sont produits à l’extérieur de l’OSM, il ne serait pas opportun pour nous de les commenter », a mentionné jeudi la chef des relations publiques, Pascale Ouimet.

La direction de l’OSM a confirmé samedi soir avoir reçu une plainte de harcèlement sexuel concernant M. Dutoit. Une enquête a été ouverte.

Avec l’Associated Press

2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 23 décembre 2017 10 h 45

    Puritanisme 2.0

    Mettre fin au harcèlement en milieu de travail, soit, bien peu de gens seront en désaccord avec la légitimité du principe. S'opposer à ce qu'une relation d'autorité professionnelle ne devienne une relation d'autorité totale menant à des écarts de comportement socialement jugés inacceptable, encore une fois on sera d'accord avec le principe.

    La reconnaissance de la légitimité de cette lutte ne doit toutefois pas ouvrir la porte à une dérive, voire à un recul des mentalités. La foule est toujours prompte à « crier haro sur le baudet » et les médias le savent. Si à Londres et à Tokyo on a été plus prudent, plus nuancé, au sud de notre frontière, dans ce pays qui a élu un certain Donald Trump, on a condamné sans procès, comme si les gens allaient au concert non plus pour savourer les résultats du travail et du talent, mais pour exhiber sa vertu en huant les brebis devenues galeuses.

    Au sud de notre frontière, on a toujours su se donner bonne conscience en navigant entre des mœurs douteuses et un puritanisme jamais mort. Ainsi, nos voisins du sud ont été bien consentants à dégrader l'image de la femme, la femme-objet, la femme bien maquillée, bien astiquée, qu'on assoyait bêtement sur un capot de Chevrolet (mais jamais au volant) pour mieux doper les ventes de Chevrolet.

    Le public va-t-il au concert pour la musique ou pour porter un jugement moral sur ses héros ? Dans le second cas, on doit constater que dans l'échelle des valeurs des gens, la morale se glisse au-dessus de tout, y compris l'art, le travail et le talent. Et quand cette morale est alimentée non pas de préoccupations sociales, mais de réel puritanisme, on est en droit de s'inquiéter. Nous sommes trop perméable à la culture américaine pour se croire à l'abri d'une remontée du puritanisme, version 2.0. Ce qui se passe en coulisses doit-il nécessairement être transporté sur la scène et placé immédiatement derrière le rideau ? C'est un faux remède à un malaise existant.

  • Jean Gadbois - Inscrit 23 décembre 2017 13 h 01

    Quel rapport faites-vous, ici, Monsieur?

    Le puritanisme de nos voisins du sud et les plaintes de comportements sexuels déplacés, dans vos propos, se placent dans une logique d'inadéquation cognitive et ne font aucunement avancer le débat: association libre et argumentaire caduque.