FIJM: le sourire de Wallace Roney

Wallace Roney
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Wallace Roney

Deux choses dès que Wallace Roney retirait la trompette de ses lèvres vendredi soir : le sourire large du musicien heureux… et un demi-litre d’eau avalé en une gorgée.

C’est qu’il faisait chaud, très chaud au Upstairs pour le dernier des quatre sets présentés en deux jours par Roney et son quintette (Ben Solomon au sax, Curtis Lundy à la contrebasse, Oscar Williams au piano et Eric Allen à la batterie). C’est aussi qu’au-delà de l’air ambiant, Roney avait décidé de chauffer la scène sans compromis aucun : toute voile devant, du jazz déployé avec grande énergie. Forcément, cela donne soif.

Aucun répit durant ces 75 minutes : du jazz incandescent — voilà certainement le mot le plus près d’une description à la fois sommaire et complète de la chose. Et cette incandescence s’entendait à tous les postes de commande : si on retiendra surtout les interventions de Solomon et Williams, tout le groupe était branché dans la même source à haut voltage.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Wallace Roney

C’est le Wallace du post-bop up tempo auquel le public a eu droit vendredi. Sonorité éclatante, il va sans dire. Solos inspirés et développés en profondeur dans le temps. Modulations de rythmes et de climats, maîtrise des envolées, pas mal tout y était.

Croisé au fond du Upstairs avant le spectacle, le trompettiste québécois Jacques Kuba Séguin s’avouait fébrile d’entendre pour la première fois un de ses modèles. « Pour moi, Roney, c’est Miles Davis, mais en mieux, en plus propre », disait-il. Miles qui, on le sait, avait fait de Roney son héritier désigné peu avant sa mort (un adoubement qui suit Roney depuis).

Vendredi, Miles ou pas dans le son, ce que Wallace Roney avait dans sa trompette bleue (littéralement) s’appelait du jazz de haut niveau, bien chaud. D’où le sourire — et l’eau.