La chanson au pluriel à Petite-Vallée

Klô Pelgag a été égale à elle-même dans ses présentations de chanson joliment déstabilisantes.
Photo: Le Festival en chanson de Petite-Vallée Klô Pelgag a été égale à elle-même dans ses présentations de chanson joliment déstabilisantes.

Le Festival en chanson de Petite-Vallée en Gaspésie a une vision très plurielle de la chanson, et c’est tant mieux. Les premiers jours de sa 35e édition, qui se poursuit jusqu’au 8 juillet, l’auront prouvé, alors que les festivaliers auront pu entendre autant les balades de Patrick Norman que les lignes de guitare lourdes mais mélodiques du groupe Fuudge. Un écartèlement nutritif pour un public varié.

Les spectacles se déroulent en gros dans deux lieux : dans le petit Théâtre de la vieille forge, à Petite-Vallée, et depuis deux ans sous un vaste chapiteau installé dans la ville de Grande-Vallée. C’est là que se déroulait vendredi le spectacle de Patrick Norman le « passeur » officiel de cette édition du festival.

Devant quelque 800 personnes, le chanteur a livré ses chansons douces et bleues devant un public attentif qui a surtout réagi aux succès comme La guitare de Jérémie et J’ai oublié de vivre. Paul Daraîche est monté sur scène pour deux chansons, alors que la conjointe de M. Normand, Nathalie Lord, a bien été sur scène pendant une dizaine de titres. Généreux en histoire, la tête d’affiche a encore l’aisance vocale qu’il faut, et le charisme qui vient avec.

Plus tôt dans l’après-midi, au Théâtre de la vieille forge, la chanteuse Amylie a vécu une expérience plus typique du festival, devant une foule familiale, attentive et surtout n’ayant pas peur de saisir les moments où il est possible de chanter. Amylie, qui tenait sa guitare en angle en raison de son bedon proéminent de femme enceinte, était tout impressionnée de voir la foule entonner les choeurs dès le second morceau du spectacle. « C’est ça Petite-Vallée, les gens ne sont pas gênés de chanter ». La musicienne s’est amusée à descendre dans la foule sans micro, et avec un ukulélé en main pour livrer un titre dont le public était le héros — à savoir si la fin était heureuse ou pas.

Le même Théâtre accueillait samedi Klô Pelgag dans une salle comble en disposition assise. Dans l’écrin aux murs de bois, les deux violonistes et la violoncelliste qui accompagnaient la jeune chanteuse ont vraiment pu briller. Leur apport dans les chansons colorées de Pelgag est colossal, en en rendant à la fois la douceur, la force, la folie. En plus, les trois femmes chantent en harmonies, poussant l’audace jusqu’à manier… la flûte à bec. Klô Pelgag, elle, a été égale à elle-même dans ses présentations de chanson joliment déstabilisantes et dans sa façon d’être dynamique tout en ne jouant pas à la majorette.

Photo: Festival en chanson de Petite-Vallée Les soeurs Boulay

La journée de Klô Pelgag n’était pas encore terminée, puisque les Soeurs Boulay l’ont fait monter sur scène samedi soir lors de leur concert, où sont aussi montées sur scène Amylie et Marie-Pierre Arthur. Les trois chanteuses ont profité d’un volet hyperacoustique du spectacle — tous autour d’un même micro — pour livrer une de leurs chansons en plus d’accompagner Stéphanie et Mélanie Boulay sur un autre titre. Belle formule toute féminine et vocalement de haute voltige.

Les deux soeurs ont aussi revisité un pan de leur répertoire — un peu électro ici, un peu sixties là —, une décision bénéfique qui permet de dynamiser un spectacle qui peut être autrement très folk. Pour les deux musiciennes gaspésiennes, le spectacle revêtait aussi une importance toute personnelle, alors que leur père et leur grand-mère — la mamie de la chanson — étaient dans la salle. La larme à l’oeil n’était pas loin pour les deux interprètes.

La soirée s’est terminée avec le groupe stoner rock Fuudge, cette fois devant une poignée de valeureux festivaliers prêts à se coucher tard. Les deux minialbums du groupe méritent une oreille attentive et la livraison sur scène restait prudente, d’autant que le claviériste et le bassiste du groupe n’étaient pas de l’alignement régulier. Quand même, les refrains sont forts, la voix coupante et les riffs de guitares bien lourds.

C’est Catherine Major qui aura été la dernière à notre menu musical gaspésien dimanche. À travers tous les artistes vus en ce début de festival, la pianiste représentait peut-être une certaine tradition en chanson. Les mots sont forts, personnels — autour de l’amour et de la maternité entre autres —, le chant clair et les musiques chargées. Frappée la nuit d’avant par la fièvre, Major aura été à la hauteur dans l’heure qu’on a pu voir de son spectacle, même s’il était plus difficile pour le public de s’impliquer dans les chansons de Major que dans celles d’Amylie, par exemple. Reste que l’émotion ne manquait pas dans ce récital.