La vieille âme du jeune Aliocha

Là où Aliocha est de son âge, estime-t-il, c’est dans les textes, qu’il a composés entre 17 et 21 ans, une période « intense ».
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Là où Aliocha est de son âge, estime-t-il, c’est dans les textes, qu’il a composés entre 17 et 21 ans, une période « intense ».

Chercher à être branché, à surfer sur ce qui rebondit en ce moment en musique, très peu pour le chanteur Aliocha Schneider. Il a beau avoir 23 ans et être un des visages connus des jeunes générations en raison de ses rôles dans Tactik et Le journal d’Aurélie Laflamme, le jeune homme livre un premier disque complet fait d’un folk-rock anglophone qui puise dans des textures qui ont fait leurs preuves.

C’est d’ailleurs sur les ondes de la radio montréalaise CHOM, repère des amateurs de musique des années 1970, qu’Aliocha a trouvé une place de choix avec son titre Sorry Eyes. C’est qu’il est pas mal plus du type Bob Dylan que Drake, le souriant garçon. Et son Eleven Songs le cache peu.

« Je n’ai pas du tout essayé de faire un album cool, rigole Aliocha, né en France mais qui a vécu au Québec l’essentiel de sa vie. Je jouais [au festival britannique] Great Escape, et je suis allé voir des shows, des groupes super cool, et je me suis dit : qu’est-ce que je fais là ! Je me suis presque mis à angoisser. Mais j’ai fait mon spectacle et les gens ont vraiment apprécié, et ça m’a rassuré sur le fait que ce ne soit pas désuet. »

Se forger un son

Aliocha Schneider a commencé la musique à l’âge de 10 ans, sous l’influence de son défunt frère Vadim, qui jouait de la guitare et le nourrissait en disques. Il a commencé à écrire des chansons à 15 ans, pour ne plus arrêter depuis.

Plus vieux, c’est une rencontre avec Jean Leloup qui aura donné un électrochoc à Aliocha, le vétéran lui indiquant que s’il voulait que sa musique sonne vraie, il allait devoir y mettre davantage du sien, et ne pas tout confier à des arrangeurs.

« Au départ, les chansons étaient très influencées ; elles le sont encore un peu. Ça “sonnait comme”. Je sonnais comme Jack Johnson, puis Bob Dylan. » Deux cents fois sur le métier, il a remis son ouvrage, en créant autant de chansons, parfois éphémères, pour trouver son chemin.

Le bon équipier

Pour Eleven Songs, Aliocha a fait affaire avec différents réalisateurs, qui ne se sont pas révélés à son goût. « Un a fait des trucs plaqués, j’enregistrais mon riff de guitare et par-dessus, il enregistrait des licks qui sonnaient vraiment variété, raconte-t-il en rigolant. J’ai travaillé avec un gars à Los Angeles qui m’a mis des gros beatscool, mais on perdait quelque chose. En fait, je n’arrivais plus à mettre d’émotions dans mes chansons. C’est étrange. »

C’est finalement le Français Samy Osta, qui a bossé avec La Femme et Feu Chatterton, qu’Aliocha a choisi pour boucler son disque. Avec lui, il se rapprochait davantage des enseignements de Jean Leloup.

« Quand je l’ai rencontré, il m’a dit : “Je ne peux pas te dire ce qu’on va faire avec ton album. Il va falloir que j’apprenne à te connaître”, dit Aliocha. On a beaucoup parlé, on s’est échangé de la musique, et il se trouve qu’on avait beaucoup de références communes, dont Dylan, mais aussi The Band, Lennon, Elliott Smith, Beck. Lui, il m’a fait découvrir Portishead, que je sens aussi parfois dans ses arrangements. »

Cultiver l’ambigu

Là où Aliocha est de son âge, estime-t-il, c’est dans les textes, qu’il a composés entre 17 et 21 ans, une période « intense ». « Tu découvres en fait, du beau et du laid. Je parle de tout ça. »

Et sans que ça soit souligné à grand traits, deux titres abordent la mort de son frère Vadim, soit As Good As You et Milky Way. « Mais je me rends compte que dans mes chansons, je ne veux pas être trop explicite. Dans les chansons sur mon frère, jamais je ne parle de mort, on peut les prendre comme des chansons d’amour. »

Dans sa recherche d’une personnalité musicale, c’est l’anglais qui l’a guidé, la langue de ses influences. Et il a l’impression que, toujours dans la notion de rester flou, la langue de Shakespeare permet plus facilement de donner plusieurs sens à un mot. « Je dis ça, et il y en a qui sont capables de faire ça en français. Je ne peux pas chialer contre la langue, mais plutôt contre moi qui ne suis pas capable de le faire ! »

Pour plusieurs, Aliocha Schneider reste un comédien qui profite de son statut pour se lancer dans la chanson, ce qui l’agace fortement. « Ça fait paraître ça comme un hobby », dit-il en faisant la moue.

« J’adore jouer au cinéma et au théâtre, mais ce n’est pas pareil. La musique, j’ai ça depuis longtemps, et c’est le même projet que je construis, et que je pense que je vais construire toute ma vie. Alors que comme comédien, oui je m’améliore, mais les projets durent trois mois, tu travailles pour quelqu’un d’autre, avec sa vision. »

Et il nous avertit, ce disque sera suivi d’un deuxième, et d’un troisième.
 

Eleven Songs

Aliocha, Audiogram

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