Stewart Goodyear: «Just Do It»

Le pianiste canadien Stewart Goodyear
Photo: Andrew Garn Le pianiste canadien Stewart Goodyear

La visite annuelle du Symphonique de Toronto nous valait cette année d’entendre le pianiste canadien Stewart Goodyear dans un concerto emblématique : le 1er de Tchaïkovski. La chose était attendue, car Goodyear a toujours positivement surpris en concert, alors que ses disques pâtissent de pénibles scories qui ne dépendent pas de lui : prises de son médiocres sur les sonates de Beethoven, ou orchestres de cinquième ordre dans les concertos.

Stewart Goodyear a, à nouveau, fait fort mercredi soir. J’aime ce pianiste, qui semble s’inspirer de la devise de Nike : Just Do It ! Goodyear fait ce qui est écrit dans la partition, d’une manière limpide, avec franchise. Et il semble y prendre du plaisir, se déchaînant à haute vitesse sur les cascades d’accords qui posent tant de problèmes à ces pianistes qui prétendent, davantage qu’ils savent ou peuvent. En plus, Goodyear est simple à accompagner, puisque le chef sait où il va.

La prestation de ce grand soliste canadien a été impeccable, je dirais même immaculée. Goodyear n’a pas le gros son massif de Bronfman, Matsuev ou Pascal Amoyel, qui se produisait au même moment à la salle Bourgie. J’aimerais beaucoup l’entendre dans Schumann ou Grieg et dans les cinq concertos de Beethoven, car sa sobriété et son assurance me rappellent l’esprit et la discipline musicale d’un chef tel que Charles Mackerras.

Peter Oundjian a excellemment anticipé les tempos très justes de Goodyear et a dirigé une 7e symphonie de Dvorák franche et racée, peu bohème car très droite, d’une respiration assez rigide et peu chaleureuse de couleurs. Le public lui a fait fête.

Au début du concert, l’Orchestre des jeunes du Toronto Symphony se joignait à la phalange principale pour Eruption d’Edward Top, une création nourrie en décibels et ostinatos. Je suis très bon public pour ce genre de « gros machins » (il y a, dans Eruption, un répit central et un autre, bref, juste avant la fin ; le reste est du vacarme, ordonné, certes).

L’oeuvre cherche à transposer en musique le primitivisme des peintures rupestres. Le résultat évoque le Mexicain Silvestre Revueltas (La nuit des Mayas), l’Australien George Antill (Corroboree) et l’Islandais Jon Leifs (Hekla), ce dernier étant toutefois nettement plus riche, aventurier et drôle dans son utilisation de la percussion (chaînes, cloches, enclumes, etc.). En matière d’éruptions, Leifs est le maître, mais Top a livré une pierre intéressante, quoique peu originale, à l’édifice.

Le Toronto Symphony Orchestra

Edward Top : Eruption (première mondiale). Tchaïkovski : Concerto pour piano no 1. Dvorák : Symphonie n° 7 en ré mineur. Stewart Goodyear (piano), Toronto Symphony Youth Orchestra et Toronto Symphony Orchestra, Peter Oundjian. Maison symphonique de Montréal, mercredi 25 janvier 2017.