Danse ta vie

Un spectacle en kayak avec Dany Placard
Photo: Sylvain Robert Un spectacle en kayak avec Dany Placard

Édition hautement énergique que ce 33e Festival de la chanson de Tadoussac. Parfois dansante, parfois rock, la version 2016 du rendez-vous nord-côtier a bien opéré le changement à la direction de la programmation. Et le public y était, nombreux.

« Danse ta vie », résumait samedi le rappeur saskatchewanais Shawn Jobin, dans le cadre du Tour de l’islet, prestations musicales livrées littéralement sur les rives du fjord du Saguenay. La belle idée.

Le mot d’ordre résolument festif circulait déjà depuis la veille. En fait, on peut dire que le véritable coup d’envoi de la joyeuse folie a été donné vendredi soir par Bernard Adamus, qui revenait à Tadoussac devant un public qui chantait chacune de ses chansons par coeur, des plus anciennes aux plus récentes. Seule ombre au tableau : un spectacle limité à une heure. « Un coït interrompu », paroles de Bernard.

Retour au festival aussi, et attendu, pour Yann Perreau. Au Devoir, il admettait samedi sa nervosité, d’autant qu’il venait lancer sa nouvelle tournée, appuyée sur son petit dernier, Le fantastique des astres. Prestation pas nécessairement brouillonne pour autant, devant une foule qui a eu droit à la plupart du plus récent album — et deux fois J’aime les oiseaux —, en plus des classiques.

Registre encore plus dansant avec Dumas, qui a donné des airs de piste de danse aux abords du Saint-Laurent. Et deux fois plutôt qu’une. Groove à revisiter avec Busty and the Bass, un collectif de neuf musiciens qui donne dans l’« électro-soul » pour le moins contagieux.

Chapitre rock nocturne particulièrement puissant du côté des Goules, dirigé par Keith Kouna, avec des accents de musique punk. Rien de moins. Le festival s’est d’ailleurs terminé dans la nuit de dimanche par le déluge rock de Galaxie. À voir, ne serait-ce que pour y constater le concentré de talent du groupe d’Olivier Langevin. Osons : Galaxie pourrait bien être le meilleur groupe de rock de l’histoire du Québec.

Musique et rorqual

Comme Tadoussac est aussi affaire de contrastes, il faisait bon s’offrir une petite promenade dans le bois pour se rendre à l’anse à la barque, petite baie du Saguenay où Dany Placard a livré une prestation solo tout en douceur. L’écho se baladait sur les falaises, un petit rorqual s’alimentait en surface à une dizaine de mètres et ça sentait la mer. Encore une fois, la belle idée.

On a aussi eu droit, comme chaque année, à une belle série de découvertes. On pourrait signaler, de façon tout à fait non exhaustive, le trio français quasi burlesque Orlando, Laurence Nerbonne et ses pointes qui rappellent Florence Welch, ou encore le talent à surveiller de Rosie Valland.

Elle est bien là, la magie des lieux, la beauté addictive de ce festival, dans les voyages entre le feutré et le rock, entre la beauté simple et la rencontre spontanée. Pendant trois jours, tout le monde est tout sourire, ouvert à la découverte et au rendez-vous intimiste des petites salles.

Rencontré avant son spectacle, Yann Perreau saluait justement son amour des lieux. L’artiste rappelait du même coup l’importance, pour les gouvernements, de reconnaître enfin pleinement l’apport éminemment positif de tels événements, qui animent les régions et rehaussent l’indice de bonheur brut.

Rendez-vous en 2017, pour une édition qui se tiendra cette fois au cours de la première fin de semaine de juillet.