Le petit miracle annuel d’un événement hors du commun

Spectacle dans le décor enchanteur de Tadoussac
Photo: Bertrand Lemeunier Spectacle dans le décor enchanteur de Tadoussac

La 33e édition du Festival de la chanson de Tadoussac s’ouvre ce jeudi avec son cortège d’artistes et son public fidèle au rendez-vous, peu importe les aléas de la météo. Mais au-delà de la bonne humeur de mise, la survie de cet incontournable de la saison musicale n’est toujours pas assurée, en raison d’une précarité financière récurrente.

« Les gouvernements écoutent ce que nous avons à leur dire, ils ont de la sympathie pour notre situation difficile. Mais quand vient le temps de prendre des décisions pour nous aider, disons que les choses deviennent plus compliquées », résume simplement le directeur du festival, Charles Breton.

Attrapé au vol mercredi pour une entrevue, alors que lui et son équipe s’affairaient à régler les détails de dernière minute, il déplore le manque de souplesse des structures gouvernementales de soutien financier. « Il y a vraiment un changement de cap à faire, je le dis depuis plusieurs années. On nous demande de répondre à certains critères qui sont propres à des événements majeurs comme les festivals de Montréal, mais ce n’est pas possible. Quand je regarde autour de moi ici, je ne vois pas un centre-ville et plusieurs commanditaires potentiels, je vois des montagnes et le Saint-Laurent. »

  

Les défis de Tadou

Tenir un tel événement de quatre jours dans un village d’à peine 800 habitants pose notamment des défis logistiques et financiers particuliers, insiste Charles Breton. « Je donne souvent l’exemple de notre accordeur de piano pour illustrer la situation. Il faut le loger et le nourrir. Ce n’est pas la même réalité qu’un festival qui est situé dans un grand centre, ou au moins dans une ville. »

Le directeur multiplie lui-même les tâches pour combler le manque de personnel dans l’équipe. « Moi, je combine trois ou quatre emplois à certains moments. On règle beaucoup de détails qui vont de la logistique des scènes aux fournisseurs de toilettes, on fait un peu de construction, on donne des entrevues, on prépare des éléments imprévus ou qui s’ajoutent à la dernière minute, etc. »

Au final, donc, les programmes de soutien ne sont pas assez adaptés à la réalité d’un festival comme celui de Tadoussac. Même passé le cap des 30 ans, le rendez-vous musical de la Côte-Nord doit donc composer avec une précarité permanente. Une situation d’infortune qu’il partage avec plusieurs autres événements qui se déploient dans diverses régions du Québec.

Un festival comme le nôtre contribue à animer la scène culturelle québécoise, à diversifier l'offre touristique et à faire voir et connaître une belle région

 

Oeuvre utile

« Un festival comme le nôtre contribue à animer la scène culturelle québécoise, à diversifier l’offre touristique et à faire voir et connaître une belle région. C’est important pour notre milieu, mais aussi pour le Québec. Il y a une véritable résonance »,fait valoir Charles Breton, qui s’y implique depuis plusieurs années. Et la popularité de l’événement traverse même l’Atlantique, puisque des artistes français et belges, entre autres, s’y produisent régulièrement.

Malgré la reconnaissance, l’équipe de Tadoussac doit constamment démontrer que le festival attire bel et bien des touristes à l’embouchure du fjord du Saguenay, et ce, même après trois décennies de succès, un public fidèle et des artistes qui aiment venir s’y produire, mais aussi y revenir.

En attendant le coup de main espéré des gouvernements, la direction a décidé de s’associer avec le festival de Petite-Vallée, en Gaspésie. Dès l’an prochain, les deux événements se succéderont, au début du mois de juillet, afin d’offrir un doublé musical. On espère ainsi attirer un public plus large, mais aussi jeter les bases d’une relève de festivaliers.

Au-delà des considérations pécuniaires, la fête devrait être au rendez-vous cette année. D’ici dimanche, on pourra notamment assister aux spectacles de Yann Perreau, de Bernard Adamus, des Soeurs Boulay, de Plume Latraverse, des Goules, de Galaxie et du collectif Sept Jours en mai. Sans oublier la ribambelle de découvertes qui se produiront avec, en toile de fond, la baie de Tadoussac et l’estuaire du Saint-Laurent.
 

Notre journaliste est à Tadoussac jusqu’à dimanche pour rendre compte des spectacles du festival.