Le Upstairs, ou vingt ans de résistance

Le propriétaire du Upstairs, Joel Giberovitch, est un résistant.
Photo: Jean-François Hayeur Le propriétaire du Upstairs, Joel Giberovitch, est un résistant.

Lorsqu’on pose la loupe sur la planète jazz et les comètes affiliées, on constate illico une exception : le Upstairs. L’unité de lieu ? La rue Mackay à Montréal et nulle part ailleurs. L’unité de temps ? Vingt ans ! Oui, avec le point de l’exclamation. Car il est le seul dans l’histoire moderne et postmoderne de Montréal à avoir résisté à l’inflation d’abord, à la déflation ensuite et à la stagflation enfin. Bref, le maître de l’endroit — il s’appelle Joel Giberovitch — est un résistant.

Au compteur des années et dans sa catégorie, celle des poids lourds, il a dépassé le Rising Sun, le In Concert, le 2080 Clark, L’Air du temps, la Casa Loma et le Black Bottom. Au compteur de la qualité, le magazine Down Beat l’a inscrit sur la liste des 50 meilleurs clubs de jazz du continent. C’est énorme.

Tout a débuté le 11 avril 1995. « J’étais étudiant en sciences politiques à Concordia lorsque mon père m’a demandé si acheter le Upstairs avec lui m’intéressait. J’ai dit oui. J’avais travaillé comme bus boy et serveur dans son resto : El Coyote. Je n’étais donc pas totalement dépaysé. À l’époque, c’était plus un café pour les étudiants de Concordia qu’un club de jazz. Les clients jouaient aux échecs ou au backgammon. Le 11 avril, nous avons acheté les parts du propriétaire. »

Ensuite, « comme j’écoutais beaucoup de jazz, je suis descendu à New York. Pendant une semaine je suis allé dans tous les clubs. J’ai observé, amassé des infos. À mon retour, j’ai dit à mon père que je souhaitai transformer le Upstairs en un vrai club de jazz et j’ai acheté ses parts. À ce moment-là, le contrebassiste Brian Hurley m’a beaucoup poussé. C’est lui qui a mis en relief le potentiel du club. Puis j’ai mis au programme mon premier grand musicien : Sonny Greenwich ». Le guitariste Greenwich.

L’apport de Len Dobbin

Rapidement, de « bonnes relations se sont nouées avec les musiciens. Avec Kevin Dean [trompettiste et prof à McGill] et André White [batteur, pianiste, ingénieur et prof à McGill], nous avons créé une association. Peu à peu, le club s’est métamorphosé, surtout avec l’arrivée de Juan Barros comme chef, il y a 18 ans de cela. Je l’avais connu lorsqu’il travaillait au El Coyote. C’est lui qui a bâti le menu, qu’il n’a pas cessé d’améliorer ».

L’autre personnage à qui « je dois beaucoup c’est Len Dobbin [ex-critique de The Gazette, aujourd’hui décédé]. C’est lui qui a fait venir Sheila Jordan, Dave Liebman, Peter Leitch et d’autres après coup. En mettant ces musiciens à l’affiche et en exigeant un prix d’entrée, je n’avais pas le choix, on a achevé la perception du Upstairs. De café pour étudiant à club de jazz ».

Pour le 10e anniversaire, « nous avons changé le système de son puis nous avons posé un geste important : nous avons acheté un très bon piano. Pour le 20e, nous allons d’ailleurs le changer pour encore mieux. Quand vous invitez un Harold Mabern, vous n’avez pas le choix d’avoir un très bon piano. Sinon, il refusera ».

Exceptionnelle affiche

Afin de souligner cet exercice de longévité unique, Giberovitch a confectionné une affiche tout simplement exceptionnelle. Le 12 novembre, le pianiste virtuose Jean-Michel Pilc, d’origine française, va inaugurer cette série de spectacles en compagnie du batteur new-yorkais Ari Koenig et du contrebassiste Fraser Hollins. Puis ce sera le harpiste Edmar Castaneda.

Le 14 novembre, la grande dame de la voix Ranee Lee soulignera le centième anniversaire de naissance de Billie Holiday. Le lendemain ce sera au tour d’Émilie-Claire Barlow. Le 17 novembre, le batteur new-yorkais Jim Black sera aux commandes de son trio. Le 18 novembre… Oliver Jones sera là. Rien de moins.

Après quoi, les amateurs de l’esthétique ECM seront contents d’apprendre que le guitariste John Abercrombie se produira deux jours de suite. Après quoi (bis), le clarinettiste Oran Etkin va décliner les chefs-d’oeuvre de Benny Goodman en compagnie de gros calibres : Aaron Goldberg au piano, Steve Nelson au vibraphone et Jim Doxas à la batterie. Enfin…

Enfin… Le 22 novembre, le souffleur au long cours, le sculpteur de la note suave, soit évidemment le saxophoniste Houston Person, va conclure ce 20e anniversaire en compagnie de la pianiste de la vivacité : Julie Lamontagne. Chapeau !

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 9 novembre 2015 09 h 05

    22 Novembre

    Le 22 Novembre est la fête de Ste-Cécile, patronne des musiciens.