Hommage à Theodore Bikel, un personnage de légende

Socalled a rencontré Theodore Bikel dans un festival de culture yiddish à Cracovie avant de l’inviter sur son disque «Ghettoblaster» et de collaborer avec lui sur d’autres projets, dont «Sholom Aleichem : Laughter Through Tears».
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Socalled a rencontré Theodore Bikel dans un festival de culture yiddish à Cracovie avant de l’inviter sur son disque «Ghettoblaster» et de collaborer avec lui sur d’autres projets, dont «Sholom Aleichem : Laughter Through Tears».

Theodore Bikel était un personnage de légende : comédien, son nom est associé à plusieurs créations d’envergure de La mélodie du bonheur à Star Trek : The Next Generation ; chanteur folk, il chantait en 21 langues ; activiste, il se fit l’avocat des droits de la personne, et pas seulement ceux des Juifs. Il est décédé le 21 juillet dernier à l’âge de 91 ans, et pour lui rendre hommage, KlezKanada propose Der Groyser Kontsert : Hommage à Theodore Bikel (1924-2015) ce dimanche à la salle Oscar-Peterson de l’Université Concordia avec les Klezmatics, Socalled, le Tarras Band, Shura Lipovsky, Efim Chorney et Susan Ghergus. Rencontres téléphoniques avec Socalled et Frank London, directeur artistique de la soirée, leader des Klezmatics et personnage central de la renaissance juive à New York.

« Theodore Bikel ? Quelle extraordinaire vie il a eue ! » s’exclame Frank London. « Il est né en Autriche avant l’Holocauste. Ses parents se sont sauvés à Londres, puis en Palestine, avant la création de l’État d’Israël, puis à Hollywood, où il est devenu un acteur célèbre. Il a cofondé le Festival folk de Newport et est aussi devenu président de la guilde des acteurs. Il a mené pendant presque 70 ans une carrière dans tous les champs. Et ce qui est le plus impressionnant, c’est qu’il faisait encore des concerts deux semaines avant sa mort. Il provoquait, dérangeait. Pour moi, c’est une inspiration, un appel à ne jamais se reposer et à être constamment engagé dans le monde. »

De son côté, Socalled a rencontré Theodore Bikel dans un festival de culture yiddish à Cracovie avant de l’inviter sur son disque Ghettoblaster et de collaborer avec lui sur d’autres projets, dont Sholom Aleichem : Laughter Through Tears, alors qu’il l’accompagnait au piano au Centre Segal, il y a quelques années.


Performeur unique

Il se rappelle : « Dans ma jeunesse, je n’ai pas entendu beaucoup de musique juive, mais chez moi, il y avait pas mal de disques de lui. Il a existé dans un monde qui n’est pas seulement juif, mais aussi mainstream. Les Juifs assimilés au monde moderne ont continué de l’écouter et, comme enfant, j’ai vraiment connu ça. Il était la seule voix que j’ai entendue qui a chanté ce répertoire. Éventuellement, on est devenus des amis. Est-il une importante influence dans ma création ? Je ne le dirais pas comme ça. C’est sa façon de travailler avec toute la passion qu’il y mettait qui impressionnait. Le regarder répéter était inspirant. Il est le performeur le plus unique que j’aie jamais rencontré. Sa musique fut la première musique juive que j’ai échantillonnée en tant que rappeur. Je suis un grand fan. J’ai plus de 40 disques de lui. Il est venu chez moi à quelques reprises et me racontait l’histoire des disques et des pochettes. Personne d’autre n’aurait pu avoir sa vie. »

À sa mort, le New York Times a décrit Bikel comme un maître de la polyvalence en chanson, en personnages qu’il incarnait et en activisme. Il aimait bouger, se transformer, changer d’apparence, de démarche et d’accent. Il disait aussi : « Vous devez explorer votre passé pour bien vous placer dans le présent et trouver votre futur. » De quelle façon cette diversité sera-t-elle honorée ce dimanche ?

Réponse de Frank London : « Nous avons réuni cinq artistes qui sont proches de KlezKanada et qui connaissaient très bien Bikel. Chacun d’entre eux va jouer son propre set et on va terminer la soirée ensemble. On va chanter des chansons qui sont associées à Bikel et projeter des clips de ses films. Il devait faire partie du spectacle. On connaissait son état de santé, et on savait qu’il ne s’y produirait peut-être pas, mais il était très attaché à Montréal et le fait de performer ici était l’une des choses qui l’ont inspiré durant les derniers mois de sa vie. »

À sa mort, Bikel a été décrit comme un maître de la polyvalence en chanson, en personnages qu’il incarnait et en activisme.

Der Groyser Kontsert : Hommage à Theodore Bikel (1924-2015)

Avec les Klezmatics, Socalled, le Tarras Band, Shura Lipovsky, Efim Chorney et Susan Ghergus à la salle Oscar-Peterson, le dimanche 23 août à 19 h 30. Renseignements : 514 848-2424