Festival Orford: coopérations avant mutations

Pour Jean-François Rivest, le recrutement local devient difficile parce qu’il y a moins de jeunes musiciens dans la société.
Photo: Festival Orford Pour Jean-François Rivest, le recrutement local devient difficile parce qu’il y a moins de jeunes musiciens dans la société.

Jean-François Rivest, directeur artistique du Centre d’arts Orford, lance ce samedi soir, lors d’un concert dirigé conjointement avec le chef Jean-Philippe Tremblay, sa sixième et dernière programmation festivalière.

Jean-François Rivest a tout tenté à Orford. Il a dû mettre un peu la pédale douce sur son credo initial qui, tel qu’il le décrivait au Devoir en octobre 2009, était de « développer un environnement d’apprentissage unique et intégré qui permettra à tous (étudiants et membres du public) de s’enrichir, d’abord par les arts en général et par la musique en particulier, mais aussi au contact de l’histoire, des “humanités”, des sciences, ainsi que de la magnifique nature qui entoure le Centre. »

Revaloriser les humanités, mettre la musique en perspective avec les autres arts et parsemer le tout de conférences était une riche idée, qui ne fit, hélas, pas toujours recette. Le professeur et chef d’orchestre a toutefois réussi une modernisation du Centre d’arts et présente un excellent bilan quant à la fréquentation estudiantine et des concerts. L’Académie d’orchestre a connu de bons et moins bons moments. On citera parmi ces derniers le jumelage avec l’OSM et l’association de Kent Nagano, qui ont tourné en eau de boudin après deux saisons.

Jean-François Rivest laisse cependant Orford avec un bébé intéressant : une collaboration étroite entre l’Académie et l’Orchestre de la Francophonie, tandem lui-même enrichi par l’adjonction de l’Orchestre des jeunes des Amériques.

Inspirer confiance

Son bilan, Jean-François Rivest le regarde avec une satisfaction non dissimulée : « J’avais des buts et des rêves et, dans l’ensemble, ils ont été réalisés. Nous avons doublé le budget, doublé aussi l’assistance aux concerts, et avons enregistré en 2013 et 2014 deux années record. Il y a aussi des domaines que j’ai introduits : la classe d’orchestre, bien sûr, mais aussi la création, inexistante jadis, devenue très florissante, avec la classe d’Ana Sokolovic et, cette année, un volet de création instrumentale avec Véronique Lacroix et une classe de création numérique avec Jean Normandeau. Orford est en train de devenir un centre de création très important. » Enrésumé, c’est « la santé globale » dont Jean-François Rivest est fier. « La santé, cela veut dire pas de déficit et la confiance des gens d’affaires. Nous avons des engagements pour les deux ou trois prochaines années : c’est un très bon signe. »

Quant à l’Académie d’orchestre, Jean-François Rivest relève que le niveau 2014 était excellent, mais convient que le recrutement local était difficile, en raison d’inflexions démographiques. « Il y a moins de jeunes musiciens dans notre société. Il y en a moins au primaire, au secondaire et dans les familles. Cela n’a pas paru pendant une quinzaine d’années, mais maintenant, on observe à l’université et dans les camps musicaux un effet notable. Il faut donc se tourner vers d’autres façons de faire pour suppléer à ce que l’école et les familles donnaient auparavant aux jeunes enfants. Cela fait partie des enjeux à venir. »

À ce titre, Jean-François Rivest considère que le principal défi pour son successeur, Wonny Song, sera « l’adaptation aux mutations profondes de la relation entre les jeunes et l’apprentissage de la musique dans notre société ». Il relève qu’à travers la mondialisation par les nouveaux canaux de communication, « tout n’est pas négatif », mais il pense que la direction future devra conjuguer « un travail de microterrain et un travail lié à la mégamondialisation ».

Collaborations

Le partenariat avec l’Orchestre de la Francophonie et avec l’Orchestre des jeunes des Amériques va donner naissance à un ensemble très intéressant, estime-t-il, n’ayant « pas peur de perdre [son] identité » en s’associant avec d’autres institutions. « C’est sûr que les associations manquent un peu d’identité, mais artistiquement, c’est très riche, s’amuse-t-il en faisant référence au titre récent du Devoir : Orford lance le « sans nom ». Certains veulent garder le contrôle sur tout, mais je ne suis pas comme cela », ajoute-t-il.

« Nous sommes à l’étape des collaborations. Cette année, nous avons fait [avec l’Orchestre de la Francophonie et le Youth Orchestra of the Americas]au total, plus de 1000 auditions. Il ne faut pas oublier que la chose la plus importante d’une académie, c’est le bien-être et le bonheur des étudiants. Ceux qui vont être passés par là vont vraiment avoir appris beaucoup. »

En libérant ses étés, à partir de 2016, l’« hyperactif qui a besoin d’étudier, de lire de nouvelles choses » veut prendre le temps de « réfléchir et respirer un peu plus ». Orford, en tant qu’« immersion dans la nature, les sons, la nourriture », va lui manquer. Tout cela était écrit, et depuis longtemps. Jean-François Rivest se souvient : « Mon père, qui était journaliste à La Presse il y a très longtemps, a retrouvé un vieil article de 1976, juste avant que je parte à la Juilliard School, et j’y disais en toutes lettres que mon rêve serait d’établir un village musical quelque part dans la forêt. Dans le fond, j’ai toujours aimé l’idée d’être en vase clos dans la nature pour aller au bout de nos talents artistiques. Cela va me manquer, mais j’ai bien d’autres choses qui m’attendent. »

Festival Orford

Samedi 27 juin, 20 h. Orchestre de la Francophonie, en collaboration avec l’Académie internationale Orford, dir. Jean-Philippe Tremblay et Jean-François Rivest. Oeuvres de Beethoven, Ravel, Mozart, Sibelius et Mendelssohn.

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