Toronto Symphony: une prestation convaincante

Le violoniste allemand Augustin Hadelich était de passage à Montréal.
Photo: Luca Valenta Le violoniste allemand Augustin Hadelich était de passage à Montréal.

L’Orchestre symphonique de Toronto n’a pas fait recette samedi soir, avec une Maison symphonique garnie à un peu plus de la moitié. Outre le hockey, la fête des Mères et l’arrivée des beaux jours, il est vrai que tous les organismes se donnent rendez-vous pour organiser des concerts au mois de mai. L’offre excède largement la demande au point que l’OSM était encore en train de vendre au rabais il y a quelques jours, sous prétexte de cadeau idéal de fête des Mères, son premier acte de Walkyrie de Wagner, concert final de sa saison. On s’amusera au passage du caractère sulfureux d’un tel cadeau à cette occasion puisque ce premier acte raconte l’histoire d’une femme qui met un somnifère dans la tisane de son mari pour aller consommer les feux de l’amour avec son propre frère !

Revenons-en à Toronto, un orchestre qui nous a offert un très beau et efficace concert, samedi. L’oeuvre de Kevin Lau, né à Hong Kong il y a 33 ans, décrit par la brochure comme « compositeur affilié RBC » (il est peut-être aussi abonné au gaz et à l’électricité !) est d’une modernité très tempérée. Celui qui, selon les terminologies de jadis, semble être le compositeur en résidence du TSO écrit une musique symphonique consonante et opulente, évocatrice comme une musique d’un film américain à gros budget. C’est très agréable à écouter, en tout cas.

Virtuose de premier ordre

Le concert présentait l’intérêt d’amener à Montréal le violoniste allemand Augustin Hadelich, dont on dit beaucoup de bien. Comme l’a montré son 5e Caprice de Paganini, vif et fort risqué, en rappel, Hadelich est un virtuose de tout premier ordre. Il a joué le concerto de Mendelssohn avec une netteté et une justesse admirables. Mais j’ai trouvé aussi cela impeccablement insignifiant. D’abord, parce que Hadelich lisse les nuances dynamiques et, donc, le relief des phrases et les contrastes. Ensuite parce que le son n’est pas vraiment « petit », mais « moyen » et étroit. La corde de sol est fade, l’ensemble manque d’aura. Je ne sais pas sur quoi joue Hadelich. Peut-être son « vrai » violon était-il en réparation ? Si c’est sa véritable sonorité, nous ne sommes pas pressés de le réentendre.

Nous n’attendions rien de spécial du Bruckner de Peter Oundjian. Il a pourtant très bien dirigé la 7e Symphonie et résolu judicieusement le rapport entre les tempos des deux thèmes du 2e mouvement, abordé avec un beau cantabile. La qualité des transitions avait été bien soignée aussi, et les cuivres se sont mis en valeur. Quelques petits bémols : la propension à monter trop vite dans les gradations et la mollesse de l’articulation dans les graves (violoncelles et, surtout, contrebasses). Mais l’approche globale était juste, et le précis et puissant Konzertmeister Jonathan Crow a fait un travail remarquable avec les violons.

Le Toronto Symphony Orchestra et Bruckner

Kevin Lau : Treeship. Mendelssohn : Concerto pour violon en mi mineur. Bruckner ; Symphonie n° 7. Augustin Hadelich (violon), Orchestre symphonique de Toronto, Peter Oundjian. Maison symphonique de Montréal, samedi 9 mai.