Ferland et l’OSM: le mariage non consommé

Jean-Pierre Ferland célébrait ses 80 ans en spectacle avec l'OSM.
Photo: Sébastien Vergne Jean-Pierre Ferland célébrait ses 80 ans en spectacle avec l'OSM.

Promesse non tenue. En entrevue dans Le Devoir de samedi dernier, le chef d’orchestre Simon Leclerc l’avait bien précisé, même que c’était son exigence de départ dans l’aventure de la célébration des 80 ans de Jean-Pierre Ferland avec l’OSM : le chanteur seul avec l’orchestre. Pas d’autres bagages que l’interprète Ferland et les chansons de Ferland (et une invitée choisie par Ferland, Florence K en l’occurrence). Belle proposition, se disait-on, digne de ce chef qui aime les chanteurs et les sert bien : quels moyens allait trouver Leclerc, arrangeur subtil, pour qu’on n’entende pas l’absence de la guitare acoustique, par exemple ? Que Ferland se prête au jeu, s’amène avec sa morgue et son désir et ses immortelles et rien d’autre, ça créait une saine tension, soulevait de dignes attentes.

Vite déçues. Qui a-t-on vu arriver ce mardi, au premier des trois soirs consécutifs de l’expérience Ferland-OSM ? Le guitariste-pianiste habituel de notre Jean-Pierre. Et ses deux choristes. De quoi donner le concert sans l’OSM, avoir voulu. Il avait sa base. Sa zone de confort. Son filet. Ça allait fatalement être le spectacle de Jean-Pierre avec un peu de son monde à lui, conjugué avec Leclerc et le monde de l’orchestre. Oui, une sorte de rencontre, mais pas le mariage souhaité.

Ça pouvait quand même être très bien. Le fait est que ça a démarré fort élégamment, La grande mélodie avait de la grandeur, et Si je savais parler aux femmes avait des airs joliment surannés de Beaux dimanches, au temps où la chanson d’auteur et les orchestres se contaient si aisément fleurette dans de grandes salles et au petit écran. Et puis ça s’est gâté : dans Le petit roi, l’orchestre se tenait malaisément entre deux positions, gêné aux entournures et trop simplement complémentaire, ou alors enterrant Ferland et les siens dans les temps forts. C’était pire dans Qu’est-ce que ça peut ben faire ? : on avait l’impression que l’orchestre se demandait où se mettre, sauf dans la portion instrumentale, zone franche.

Et Ferland ? Il semblait un peu mal pris lui aussi, servant deux maîtres, son directeur musical Alain Leblanc et le chef Leclerc en alternance. Dans les grandes ballades, ça allait, l’homme est tellement souverain dans T’es belle et Une chance qu’on s’a qu’on l’écoutait, lui, et personne n’en faisait trop autour. À l’opposé, là où un Sing Sing aurait été l’occasion d’inventer des solutions orchestrales, la guitare et les choeurs limitaient les possibilités de l’OSM, confiné à un rôle d’accompagnement gigantesque. Dans Un peu plus haut, un peu plus loin, retrouver la choriste Lynn Jodoin reprenant son habituel duo avec Ferland ne payait pas d’audace, et l’OSM était condamné à l’enflure par-dessus l’enflure.

Pourquoi ne pas avoir demandé à Florence K de partager cette chanson-là avec Jean-Pierre ? La même Florence a magnifiquement donné La musique avec le même Ferland en finale du spectacle, on ne voit pas pourquoi on n’a pas tenté le coup — à contre-emploi, exprès ! — pour Un peu plus haut, un peu plus loin. L’occasion était à saisir.

D’autant que Florence a été franchement épatante en lever de rideau. Ses bossas plus que sensuelles se lovaient littéralement aux mouvements de l’orchestre, on ne la perdait jamais dans le volume : elle et l’OSM faisaient corps. Comparaison inévitable. Ferland, lui, cherchait son attitude, parfois petit garçon obéissant, parfois retranché dans ses manies. Avec Florence K, on savait où elle était, où Leclerc et l’orchestre étaient, on suivait leur danse de séduction. Question d’abandon, de confiance, d’écoute : elle était seule, elle, avec l’OSM et son chef. Ça donnait un couple. Assorti.

Au point où, après ses quatre titres à elle, et surtout après avoir vu Ferland, son guitariste-pianiste, ses choristes, le chef d’orchestre et l’orchestre se piler la plupart du temps sur les pieds dans leur fox-trot mal assuré, on pouvait difficilement ne pas se dire qu’un concert entier de Florence avec l’OSM aurait consommé le mariage. Belle promesse que celle-là.

1 commentaire
  • Daniel Gingras - Abonné 29 avril 2015 08 h 30

    Pas surprenant

    Cela fait plus de trente ans que Ferland n'a plus de voix, qu'il beugle dans le micro. Sa véritable place s'il veut toujours monter sur scène serait celle de présentateur de jeunes, belles et bonnes voix pour interpréter ses chansons. Personne ose lui dire? Dommage, il ternit son image chaque fois qu'il chante. Vive ses vieux disques.

    Daniel Gingras