De l’exigence à la… jouissance!

Pour Jean-Pierre Ferland, chanter avec un grand orchestre symphonique, «c’est vraiment un mariage extraordinaire».
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Pour Jean-Pierre Ferland, chanter avec un grand orchestre symphonique, «c’est vraiment un mariage extraordinaire».

« Faut en jouiiiiir ! » s’exclame Jean-Pierre Ferland, et les « i » en saillie résonnent dans le grand espace très lumineux qui entoure la salle de la Maison symphonique. Autour de la table, Simon Leclerc sourit affectueusement, Florence K traduit en rigolant : « Oui ! Faut en profiter. Prendre le bonheur que ça te fait vivre… » Et Jean-Pierre, sur sa lancée, de renchérir : « Chanter avec un grand chef et un grand orchestre symphonique, et partager la scène avec une grande chanteuse, c’est vraiment un mariage extraordinaire, et si on en sort gagnants, ça te décomplexe pour le reste de ta vie ! »

Je retrouve mon Ferland, ça faisait longtemps : j’avais oublié à quel point, quand il est content, il frétille et fait frétiller. Contagion dans l’excitation : son sourire est le même qu’avant, les 80 ans n’y changent rien, aussi crasse que charmant. La grande bouche pleine de dents, qui lui plisse les paupières jusqu’à éclipser les yeux. Irrépressible Jean-Pierre, qui a évidemment la phrase qui tue pour évoquer le moment où Simon Leclerc lui a proposé la « belle folie » d’un spectacle symphonique pour célébrer son anniversaire : « J’étais à jeun quand j’ai dit oui. » Cochon qui se dédit. « Moi, j’ai soudoyé Jean-Pierre, badine Florence, je l’ai corrompu ! »

En vérité, Leclerc tenait à ce qu’il y ait « quelqu’un avec Jean-Pierre, et c’est Jean-Pierre qui a suggéré Florence ». L’arrangeur et chef d’orchestre, doux et posé, replace l’affaire dans sa chronologie. « L’idée est venue de la direction de l’OSM. Ça s’inscrit dans la volonté d’amener le plus large public possible à la Maison symphonique pour nos concerts. J’ai aussi dit oui sans aucune hésitation, même si je trouvais que c’était beaucoup demander à Jean-Pierre, se réapproprier une vingtaine de ses chansons dans un tel contexte. » Ferland en remet une couche : « Certain que c’est beaucoup demander ! »

À la conquête de l’orchestre

Exigence supplémentaire : pour ces concerts, l’artiste s’amène sans sa section rythmique. C’est Jean-Pierre Ferland tout seul. Florence K toute seule. Avec Simon Leclerc et l’OSM. Et ce n’est pas intimidant ? Jean-Pierre saute sur le mot : « Intimidant ? Je vais le dire [comme s’il pouvait s’en empêcher], la première chose qu’un artiste fait, quand il est face à 92 musiciens, c’est shaker dans ses culottes, et la deuxième chose qu’il fait, qu’il doit faire, c’est conquérir l’orchestre. » Je me souviens d’un Richard Desjardins pas trop sûr de lui, lors du concert d’ouverture d’un Coup de coeur francophone, plutôt serviteur du grand orchestre qu’interprète souverain de son grand oeuvre. « Pas de farce, on n’est pas habitués, ajoute Ferland. Tu peux pas te tromper avec un orchestre symphonique. Ça doit être impeccable ! »

Florence K relativise : « On veut que ce soit extraordinaire, c’est sûr. C’est tout un honneur que Jean-Pierre pense à moi, tout un honneur de chanter avec l’OSM. Mais pour avoir déjà joué avec un orchestre symphonique, je sais qu’on se sent porté. J’ai entendu les orchestrations, je suis déjà très heureuse. » Ferland est jaloux : « T’as entendu ça ? J’ai hâte. Je vais repartir tantôt avec tout le travail de Simon, les maquettes faites avec ses machines, et je vais vivre une couple de jours avec ça. Et quand j’arriverai dans la salle, avec l’orchestre, je serai plus confiant. »

Valeur artistique

Ça ne fonctionne pas toujours, leur dis-je, ces rencontres de la pop et du symphonique. Avec Misteur Valaire, ça alourdissait. Avec un Patrick Watson, un Louis-Jean Cormier, c’était l’enchantement. « Il n’y a pas de garantie, tranche Simon Leclerc. C’est effectivement un équilibre difficile à trouver, même avec les meilleures intentions du monde. Je pense qu’il faut de l’audace et de la modestie. Je pourrais pousser une chanson de Jean-Pierre Ferland et la faire sonner comme du Boulez, sans problème. Est-ce la chose à faire ? Je ne le pense pas. J’essaie de connaître ma matière première, l’élément Jean-Pierre Ferland chanteur, l’élément Florence K chanteuse, l’élément textes, l’élément mélodies, et je me dis : avec tous ces éléments, que peut-on faire avec un orchestre symphonique ? Je veux un résultat probant, qui ait une valeur artistique en soi. »

Jusqu’où aller, c’est le mystère. Pour Leclerc, « il n’y a pas de recette magique ». Il y a de l’écoute et du travail. « Je veux que chaque chanson coule de source, qu’on se dise : ç’aurait toujours dû être comme ça. » Florence K regarde son chef d’orchestre et l’étreint d’admiration. « Comment ne pas avoir confiance ? Simon est comme un chef cuisinier, il a du goût. » Jean-Pierre s’empare de l’image : « Faire Envoye à maison ou La route 11 avec l’orchestre, ça va être mangeable ! » La table, comme on dit, est mise. Pour trois soirs, les 28, 29 et 30 avril. Bon appétit.

Ferland : un 80e anniversaire à l’OSM

À la Maison symphonique les 28, 29 et 30 avril.

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 25 avril 2015 16 h 59

    Ma chanson préférée

    S'il y a "Les enfants que j'aurai", j'y vais.