Claude Bégin, l’instinct pop d’un touche-à-tout qui veut plaire

Ce premier disque, intitulé Les magiciens, trotte dans la tête de Bégin depuis quatre ans, mais il devait d’abord terminer ses engagements avec d’autres artistes.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Ce premier disque, intitulé Les magiciens, trotte dans la tête de Bégin depuis quatre ans, mais il devait d’abord terminer ses engagements avec d’autres artistes.

Non mais, quand même, quelle gueule il a, ce Claude Bégin. Le cheveu long, la barbe dense, le regard profond, mi-bad boy mi-romantique, on sent que le polyvalent mais discret musicien aime plaire. Consciemment ou naïvement, mais certainement professionnellement. Car après avoir travaillé avec Marième, Boogat et Karim Ouellet et après avoir fait partie d’Accrophone et d’Alaclair Ensemble, Claude Bégin fait ses premiers pas en solo avec un disque assurément pop.

C’est tout de même étonnant de le voir ainsi sous les projecteurs, car le touche-à-tout âgé de 31 ans n’a jamais vraiment cherché la lumière depuis ses débuts en musique. Toujours discret quant à ses réalisations, toujours au fond de la scène pendant les concerts de son groupe rap Alaclair Ensemble, Bégin a décidé que c’était à son tour de plaire, avec sa propre musique, avec son visage sur son propre disque.

Plaire, il faut s’entendre, ce n’est pas mal, ni vulgaire. C’est beaucoup une volonté qui teinte la création. Bégin, en tout cas, connaît le chemin et la méthode pour composer des musiques pop Velcro, des airs charmeurs qui évitent d’être putes, avec des arrangements jamais paresseux. Il n’y a qu’à voir le travail qu’il a fait avec Karim Ouellet, qui doit à Bégin une partie de sa signature, voire de ses chansons. Le hit L’amour, par exemple, vient du cortex de Claude Bégin.

« Pour être heureux il faut que je plaise,analyse le natif de Québec. C’est souvent deep, je ne m’en rends pas toujours compte. Mais je suis bien quand j’ai l’impression que les gens vont aimer ça, que les gens vont capoter. »

L’instinct

Faut dire qu’il a le flair musical, l’instinct, le je-ne-sais-quoi qui fait que ses amis musiciens font appel à ses services pour habiller leurs chansons. La chanteuse Marième a déjà raconté au Devoir que ses proches appelaient cette touche « la Claudification ». Une des hypothèses de Bégin : il ne connaît pas la théorie musicale, les notes, les accords. Au grand découragement de sa famille, d’ailleurs, où tout le monde est féru en la matière — sa mère et sa soeur jouent du piano et enseignent le chant, son père a fait des mises en scène pour de grands opéras partout dans le monde.

« Ça fait tellement longtemps que je vis comme un aveugle dans ça. J’écoute de la musique et je n’ai aucune idée des accords. J’ai l’impression que mes amis musiciens voient les notes. Moi, je pense que je n’aimerais pas ça. Je ne le veux pas. Et mon père m’a dit qu’il a longtemps pensé que ça serait un avantage pour moi et que j’étais juste paresseux, mais maintenant il pense qu’il ne faut vraiment pas que j’apprenne ça. »

Claude Bégin ne « voit » pas, mais il sait ce qu’il veut. « Je ne me fie jamais à la suite logique, parce qu’il y a toujours une suite logique quand on connaît les accords. Moi, je cherche ce que j’entends sur le clavier, par exemple. L’avantage est peut-être là. »

Pop et rock plutôt que rap

Ce premier disque, intitulé Les magiciens, trotte dans la tête de Bégin depuis quatre ans, mais il devait d’abord terminer ses engagements avec d’autres artistes avant de s’y plonger tête première. Le résultat, qui sera très familier pour les fans de Karim Ouellet, est un hybride entre Daniel Bélanger, Coldplay et Marvin Gaye. De la pop intelligente, mais un brin sirupeuse, jouée avec du coeur par des musiciens aux instruments rock.

« Je ne voulais pas du tout qu’il y ait du rap, je voulais me dissocier de ça. Je continue à faire des beats de rap avec Alaclair, mais je reviens dans le rock depuis quelques années et je pense qu’elle est là, ma place. Quand j’étais plus jeune, ma mère et moi on chantait Coeur de rockeur et je trippais ! »

Sa voix, justement, il devait la trouver pour ce disque solo. Car à travers les dizaines de projets auxquels il a travaillé, Bégin a chanté de toutes sortes de manières pour rendre service aux musiques des autres. « Je suis habitué de backer, de chanter comme une fille ici, d’imiter l’autre là… Trop de projets, trop d’affaires, fallait que je m’enligne un petit peu. Au début, je voulais plus impressionner, mais là, c’est bon ! » Parce qu’il y a des limites à vouloir plaire, même Claude Bégin le sait.

En magasin le 3 février.


Claude Bégin - Avant de disparaître

Les magiciens

Claude Bégin, Coyote Records

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