Peter Bernstein, guitariste des clarifications

Peter Bernstein est un architecte des mélodies.
Photo: Six Media marketing Peter Bernstein est un architecte des mélodies.

Elle est drôle, ou plus exactement curieuse, l’affiche de l’Upstairs. Celle de ce samedi soir et du soir de demain. Car la tête de l’affiche est en vérité l’envers de l’affiche. Le dessous et non le dessus, pour emprunter à Raymond Devos, du sens dessus dessous. Car…

 

Car la tête en question a moins enregistré, moins joué, moins composé que les têtes, au demeurant très bien faites, qui auront à charge de l’accompagner, de le soutenir et de le pousser vers les sillons de l’improvisation.

 

Ladite tête répond au nom de Peter Bernstein et joue, fort bien d’ailleurs, de la guitare. En fait, il joue très, très bien de la six-cordes. En réalité, il joue extrêmement bien de la guitare. Pour dire les choses telles qu’on les ressent et non telles qu’elles sont — on a horreur des croisés convertis —, on savoure son jeu bien davantage que ceux de John Scofield, de Mike Stern et d’autres.

 

On l’apprécie beaucoup parce qu’il nous rappelle Jim Hall. Autrement dit, il est le maître-queux des harmonies, l’architecte des mélodies. Il y a dans son style quelque chose qui relève du délicieux. En tout cas de très sculpté. Sculpté ? La note, il la cisèle avec goût. Sans affectation.

 

Au fil des ans, en fait au cours des trois dernières décennies, cet ex-étudiant de Jim Hall a construit patiemment une pièce montée musicale pleine de charme et de profondeur. Mettons que ce diable d’homme, ex-accompagnateur de Sonny Rollins, nous donne l’impression de vouloir inscrire son parcours dans la longue durée. Mettons (bis) que, lorsque le monde l’aura véritablement découvert, le monde la classera à la rubrique des classiques.

 

Pour en arriver là, Bernstein, ex-soutien de Joshua Redman, s’est associé les immenses talents du pianiste Harold Mabern et du batteur Jimmy Cobb. Bernstein s’est acoquiné avec des musiciens qui ont joué et enregistré avec Miles Davis, John Coltrane, Dinah Washington, Sarah Vaughan, Sonny Rollins, Clifford Brown, Max Roach, Stan Getz, Charles Lloyd, Lee Morgan, Cannonball Adderley, Archie Shepp, Art Pepper… Pour faire court, disons que le dictionnaire du be-bop et du hard-bop au complet a fait appel à leurs qualités.

 

Mettons (bis) qu’en ayant fait appel à ces deux-là ainsi qu’au très expérimenté, au très solide contrebassiste John Webber, le guitariste qui a pincé ses cordes au bénéfice de Lee Konitz fait la preuve par A plus B qu’il est malin, dans le sens évidemment intelligent du terme. Peter Bernstein, héritier direct de Jim Hall, se produira ce samedi soir et demain soir à l’Upstairs. Billet ? 40 $.

1 commentaire
  • Michel Mongeau - Inscrit 6 juillet 2014 08 h 36

    La fragilité de la comparaison

    Votre comparaison, monsieur Truffaut, me surprend. Ces guitaristes vouent tous un immense respect à Jim Hall qui les a fortement influencés durant leur période de formation. Bernstein, qui est un formidable guitariste, me parait celui qui est resté le plus orthodoxe dans sa filiation à Hall. Scofield a lancé le langage be-bop dans de multiples directions créatives. Mais sur certains albums, notamment ceux avec ses vieux comparses comme Swallow ou Bill Stewart, il se montre amplement capable d'explorer le versant ''hallien'' de ses multiples influences. Stern a su fusionner, d'une manière originale, cet héritage avec ceux du rock et de la musique du monde. Trois grands artistes aux sources communes, mais qui ont ensuite développé une esthétique singulières et pas évidente à comparer. Personnellement, j'ai un penchant pour les '' mauvais disciples'' ie, ceux qui osent transformer et implémenter le discours transmis par leurs maîtres, comme Aristote avait su le faire avec l'héritage de Platon, à l'Académie.