Ben Sidran, le dandy de la décontraction

Héritier direct de Mose Allison et indirectement de Fats Waller, de Nat King Cole et de tous les raconteurs de tous les horizons, Ben Sidran est aussi génial parolier que fin compositeur.
Photo: Six Media Héritier direct de Mose Allison et indirectement de Fats Waller, de Nat King Cole et de tous les raconteurs de tous les horizons, Ben Sidran est aussi génial parolier que fin compositeur.

De-ci de-là ou encore par-ci par-là, Ben Sidran est là. On ajoutera : évidemment augmenté du point suivant : ! Car, ce soir et demain soir, le conteur, d’ailleurs très lettré, des histoires anodines en apparence et des autres sera à l’Upstairs en compagnie de trois musiciens qui sont aussi ses complices depuis bien longtemps.

 

Mais, si on a associé maître Sidran à l’ubiquité, c’est aussi pour ce chapelet de faits et gestes chaleureux qu’il a posés des deux côtés de l’Atlantique des années durant. Et ce, à divers titres. L’héritier direct de Mose Allison et indirectement de Fats Waller, Nat King Cole et en vérité de tous les raconteurs de tous les horizons s’est effectivement manifesté sur tous les fronts.

 

À telle enseigne qu’il est l’archétype du bonhomme que chacun connaît sans nécessairement savoir qu’il le connaît. L’archétype du musicien que tout un chacun a entendu. Avant-hier, soit dans les années 60, il a distillé ici et là ses notes pianistiques pour les Rolling Stones, Eric Clapton, le producteur Glyn Jones et autres British, alors qu’il était étudiant en littérature à l’Université du Sussex.

 

Juste auparavant, il avait formé un groupe avec deux musiciens qui devaient faire la fortune des radios FM, soit Steve Miller et Boz Scaggs. Juste après, il a été le producteur d’albums signés par Van Morrison, Rickie Lee Jones, Georgie Fame et beaucoup, beaucoup, beaucoup d’autres clochards célestes des notes bleues, dont son héros Mose, le Allison, l’auteur encyclopédiste d’If You Live. Yes !

 

Parallèlement, il a été habité par le syndrome qui habite tous les docteurs qui ne sont pas ceux de la médecine ou de la fumisterie en conserve. De-que-cé ? Le détenteur d’un doctorat en études américaines a tout logiquement agencé des cohortes de mots, confectionné des contingents d’idées. Bref, il a composé des livres : notamment une étude sur la sociologie de la musique noire, qui avait été saluée par les principales revues de jazz, ainsi qu’un recueil d’entrevues avec les grands musiciens de jazz — Talking Jazz — qui nous avait conquis. En fait, « Parler le jazz » est le fruit des entretiens réalisés pour le bénéfice de la meilleure radio jazz du monde-mondial, soit bien entendu NPR, le réseau radio de la meilleure télé du monde-mondial, soit bien évidemment PBS.

 

On rappelle ces objets verbaux pour mieux souligner qu’aujourd’hui Sidran chante beaucoup. Il s’épanche comme jamais auparavant. Il est aussi génial parolier que fin compositeur. Il est aussi mémorialiste des objets verbaux conçus par autrui.

 

Tenez, il y a deux ou trois ans, il s’est attaché à disserter sur Bob Dylan en puisant évidemment dans le répertoire de l’auteur de Gotta Serve Somebody. Le résultat avait ceci d’étonnant qu’il ne ressemblait à aucun des hommages ou clins d’oeil adressés à Robert Zimmerman. Peut-être que les singularités, au demeurant convaincantes, de ce Different Dylan tiennent au fait que son auteur vient de l’univers du jazz. De cela, mais également de ceci : Sidran est LE dictionnaire des mots du jazz.

 

En effet, avec l’archiregretté Jimmy Rowles, le pianiste préféré de Marilyn Monroe, il a en commun une connaissance encyclopédique des morceaux grands et petits qui forment l’histoire du jazz. Il y a chez Sidran un souci remarquable pour ce que les autres ont réalisé et nous ont donné. Dit autrement, il respecte autant les compositions des autres que les siennes.

 

Cela étant, Ben Sidran est la définition, la personnification du cool. Pas du cool jazz ou du cool-machin-chose, mais bien du cool. Dit autrement (bis), Sidran est le dandy de la décontraction musicale. Bref, il est unique.