Liberté suprême

Yannick Rieu avait prévenu: l’hommage qu’il préparait pour le 50e anniversaire du mythique album A Love Supreme serait à «95 % improvisé». Dont acte, lundi soir à L’Astral. De la liberté en dose massive.

 

S’il ne fallait qu’un mot, le Love Supreme de Rieu, François Bourassa (piano), Guy Boisvert (contrebasse) et Kevin Warren (batterie) fut incandescent. De bout en bout de la suite, un mouvement après l’autre. Absolument puissant, porté par un souffle brûlant, parcouru d’une énergie électrique. Éclats de fureur ici et là.

 

Pour Rieu, respecter l’esprit de l’album passait par se l’approprier sans contrainte. Liberté, improvisation, les deux mots-clés du jazz. La structure du spectacle de lundi respectait donc celle de la suite composée par John Coltrane, le voyage à travers Acknowledgement, Resolution, Pursuance et Psalm, les quelques thèmes points de repère… et les très grandes plages d’improvisation. 

 

Absorbé par l’oeuvre

 

Incandescent, ainsi. À commencer par Rieu, entièrement absorbé par l’oeuvre, bien ancré dans le moment présent, le saxophone en ébullition. On sait qu’après Love Supreme, Coltrane a poursuivi ses recherches du côté du free jazz. Lundi, les solos de Rieu ont également touché ces territoires d’extrême liberté.

 

Au piano, Bourassa semblait lui aussi en état de grâce. Particulièrement durant un long solo quelque part dans le deuxième ou troisième mouvement (on a perdu le compte, au bénéfice d’une immersion complète dans l’œuvre), dextérité hallucinante, schémas harmoniques remarquables, la foule a longuement applaudi. On dira la même chose du jeu de Boisvert (qui a ajouté un segment à l’archet dans le solo que lui réservait la fin de la partition) et de la souplesse de Warren: tout un chacun inspiré, et inspirant. 

 

Œuvre d’intériorité, A Love Supreme présentait aussi dès sa création un côté exalté (que Coltrane a exacerbé lors de la seule présentation en concert). C’est davantage à cette «énergie viscérale» (pour reprendre les mots de Bourassa) que le public a eu droit lundi. Et à voir la réaction, le choix était judicieux. 

 

 

 

Le Devoir