Richard, Jonathan et Chouin-Chouin

Richard chantonne, Jonathan plane et Chouin-Chouin sabote le tout. C’est la saga du concert de l’Orchestre symphonique de Toronto à la Maison symphonique de Montréal, une salle à l’acoustique si fine qu’elle permet désormais à un seul spectateur de mettre en péril le plaisir musical de ses 1999 condisciples. C’est, hélas, un appareil auditif d’un auditeur qui a été la vedette de la soirée de mardi. On n’avait pas connu pire depuis le récital Perahia. La chose émettait un chuintement continu exaspérant, nettement perceptible dans tous les pianos et passages calmes. Mozart en a été saccagé. Strauss avec ses fortissimos a mieux résisté et a même eu raison de l’appareil qui, telle une boîte noire en bout de course, avait cessé d’émettre au chiffre 85 de la partition !

 

Il convient que l’OSM, la Place des Arts et leurs partenaires se réunissent enfin pour trouver une parade au fléau. La solution ne sera pas facile à trouver. Reste à comprendre, aussi, comment les voisins immédiats de cet anti-héros ne l’ont pas alerté.

 

Quant au concert lui-même, ou ce qu’il en restait (car qui peut profiter de la musique dans de telles conditions ?), nous avons été heureux d’entendre la Bataille d’Une vie de héros sonner avec bravoure dans cette salle, Oundjian cadrant bien la partition avec un orchestre pas irréprochable mais solide, mené par un grandiose Konzertmeister, Jonathan Crow, d’une solidité rare dans ses nombreux solos. Le geste de l’orchestre accueillant Crow en tappant des pieds avant même le début l’oeuvre avait un côté amateur assez déplacé.

 

Du Mozart, dans ces pénibles conditions, on retient la sobriété élégante du jeu de Richard Goode. Toute poésie aurait été éludée par les chantonnements très perceptibles du pianiste. Oundjian, qui est passé à côté du caractère ludique du 1er volet, s’est rattrapé dans le Finale, contrairement à flûte et hautbois qui n’y brillaient guère.

 

De l’oeuvre brève de Vivian Fung, on retient les 40 dernières secondes ouvrant des univers sonores qu’il aurait été intéressant d’explorer plutôt que de s’adonner aux sempiternelles explosions sonores récurrentes, un procédé trop rabâché en musique contemporaine.

ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE TORONTO

Vivian Fung : Aqua. W.-A. Mozart : Concerto pour piano n° 17, K. 453. R. Strauss : Une vie de héros. Richard Goode (piano), Peter Oundjian (direction). Maison symphonique de Montréal, mardi 8 avril.