Jazz - La rencontre du lapin et de l’écureuil du blues

Il y a peu, le lapin des champs a rencontré l’écureuil des villes. Oui, oui, oui. Est-ce qu’on fait un exercice de déambulation surréaliste ? Non, non, non. En fait, nous sommes vraiment comme physiquement au ras des pâquerettes. À preuve ceci : Eric Bibb, le lapin et guitariste impérial des harmonies acoustiques, vient de publier un album alors que Robben Ford, l’écureuil et guitariste en chef des gammes électriques, en faisait autant.

 

Autrement dit, nous venons d’observer deux appels. Un qui nous signale que le blues des campagnes est toujours dans les environs, l’autre que le blues du bitume s’est… comment dire ? Peut-être bien que l’on peut employer le verbe réveiller. Parce que, comme « bi-qu’ose », cela faisait une paye, pour ne pas dire des payes, que l’on ne vous avait pas communiqué de nouvelles de ce flanc musical, pour la bonne et triste raison qu’il n’y avait pas grand-chose à se mettre dans les oreilles de ce côté-là.

 

Bon. Cela dit, le nouveau Bibb s’intitule Jericho Road et a été publié par l’étiquette canadienne, de l’Alberta pour être exact, Stony Plain, qui est sans contredit un des trois ou quatre meilleurs labels du genre. Le Ford ? Le titre : Bringing It Back Home sur étiquette Provogue. Pour ce qui est de la circulation du capital ou encore de la loi sur la baisse tendancielle du taux de profit, sachez chers amis lecteurs, que l’on prend trop fréquemment pour des cochons de payants, que l’album de Bibb se détaille à un peu plus de 16 $ chez Archambault, soit près de 5 $ moins cher que chez HMV. Inversement, le Ford se transige à près de 2 $ de moins chez HMV, à 20 $. Entre nous, et juste entre nous, il serait bon que MM. Dow et Jones nous expliquent comment il se fait que, sur des produits s’échangeant dans la zone des 20 $, il y ait de telles distorsions de prix. Le quart ou 25 %…!

 

Bien. Cela étant, s’il fallait choisir entre Bibb et Ford, alors on sortirait le lapin du chapeau avant qu’il ne soit métamorphosé en civet au fromage de chèvre et au safran. Tout d’abord, pour ce qui est de la production, donc des multiples choix qu’il faut arrêter afin que la finalité propose une atmosphère aussi singulière que séduisante, aussi riche que convaincante, soulignons que l’esthétique de la production, le style de celle-ci, rappelle à bien des égards celle que Joe Henry a dispensée au bénéfice d’Allen Toussaint ou de Ramblin Jack Elliot.

 

Sur ce front, Bibb et Glen Scott, producteur et multi-instrumentiste, ont fait un travail remarquable. En clair, chacun des 13 morceaux présente des nuances, des simplicités, des beautés qui font de ce Jericho Road le meilleur disque de blues de l’année. D’autant que ce disque est empreint de notations politiques et spirituelles parfois passionnantes.

 

Le Ford ? Il vaut d’abord pour son exécution. Il vaut donc pour le choix des accompagnateurs : Larry Goldings à l’orgue, Harvey Mason à la batterie, David Piltch à la contrebasse, et non à la basse électrique, avec, fait particulier, Stephen Baxter au trombone, qui imprime à l’ensemble un chapelet d’originalités. C’est bien joué. Plus exactement, c’est très plaisant. Ave !

 

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Au programme du numéro courant de Jazz News : un dossier consacré au pianiste Ahmad Jamal, des articles et entretiens avec Allen Toussaint, Eric Bibb et l’acteur Denys Podalydès.

 

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Pour le réveillon, l’Upstairs propose la chanteuse Dawn Tyler Watson. Le prix ? 135 $, comprenant la table d’hôte.







1 commentaire
  • Michel Mongeau - Inscrit 8 décembre 2013 09 h 17

    Ça réchauffe!

    J'adore le dernier opus de Robben Ford, assez différent de ses plus récents. Il nous plonge dans l'ambiance chaleureuse du R & B des sixties, avec le ferment propulsif du Hammond B3, d'une section de cuivres vivifiante et les soli de guitare bien ronds d'une Épiphone semi-creuse. J'ajouterais que Robben n'est plus ce guitariste virtuose qui essaye de chanter, puisqu'il a beaucoup bossé et avec succès sur cette dimension de son travail musical.