Les maîtres de musique à l’Upstairs

Le saxophoniste Eric Alexander
Photo: Jimmy Katz Le saxophoniste Eric Alexander

C’est tout d’abord l’histoire du maître et de l’élève. Ensuite ? C’est l’histoire de l’élève qui devient l’égal du maître. C’est également l’histoire du maître nouveau qui engage le maître ancien. C’est enfin, pour ne pas dire surtout, la plus belle affiche du jazz de l’automne. Celle qui annonce pour le 19 octobre le saxophoniste Eric Alexander, le maître nouveau, le pianiste Harold Mabern, l’ancien, le contrebassiste John Webber et le batteur Joe Farnsworth. Pour dire les choses tout simplement, on nous propose un carré d’as. Car…

 

Car ce groupe, ce quartet, est beaucoup, beaucoup plus important qu’il n’y paraît de prime abord. Oui, mille fois oui. Mais encore ? Non seulement ces messieurs déclinent à l’aune de l’excellence les standards et les originaux, ils sont habités par la foi du charbonnier.

 

Mais encore (bis) ? Ce quartet est la personnification, si l’on peut dire, du combat mené en son temps par Art Blakey, soit être les messagers du jazz version « bibeaupe » et non version italo-suédoise-BCBG-bien blanche. Faut dire et surtout préciser que Mabern, héritier de Phineas Newborn, fut un contemporain de Blakey. Il était l’un des leurs, un des messagers.

 

À ce titre, il est important de le souligner, il a joué avec Max Roach, Miles Davis, Donald Byrd, Elvin Jones, George Coleman, Sarah Vaughan, Sonny Rollins, Archie Shepp et bien d’autres, avant de se consacrer à l’enseignement. Et c’est comme ça comme ainsi qu’il a donné de la baguette sur les doigts de l’élève Alexander. Autrement dit, si ce dernier évolue avec une aisance saisissante dans les arcanes du blues et du swing, c’est grâce au maître de musique H. Mabern né le 20 mars 1936 à Memphis, Tennessee.

 

Inversement comme à l’envers, c’est grâce à Alexander si Mabern a repris du service. Grâce au cadet si l’aîné fréquente de nouveau les scènes du monde et en particulier les londoniennes et les parisiennes. On le répète, ils défendent une certaine idée du jazz. Un jazz fait de blues, de swing, de balancements, de mises en relief pesantes, dans le sens noble du terme, des notes.

 

De tout cela, leurs albums publiés par l’étiquette High Note sont les illustrations tout éloquentes. Chacun de leurs disques est un écho des grands rendez-vous sonores mis en boîte par les quartets qui étaient sous contrat avec Blue Note, Riverside, Prestige et autres Pablo.

 

En un mot comme en mille. Alexander, Mabern et leurs complices forcent, dans le sens tout aussi noble du terme, notre attention. Autrement dit, ils sont la contradiction de la musique d’ambiance. Car le jeu d’ensemble combine la sensibilité sans mièvrerie, la conviction, la franchise, le sens du temps long… Bref, ce qu’ils font relève du grand art.

 

P.-S.: très sérieusement, si cela vous dit, on vous conseille de réserver au plus tôt.
Téléphone: 514 931-6808.

 

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Le dernier Jazz Magazine propose une nouvelle formule sans l’expliquer, à moins que cela nous ait échappé. Toujours est-il qu’après avoir intégré le mensuel Jazzman, voilà que les éditeurs ont décidé de puiser dans leurs archives.

 

Au ras des pâquerettes comme du bitume, cela donne ceci : le numéro 100 publié en 1963 est greffé à celui du présent mois. Au programme : entrevues avec Art Blakey, Shelly Manne, Ray Charles… Passionnant !