Katerine, Francis et ses peintres - Tout pour les refrains

Mardi soir à l’Impérial, elles étaient troublantes, toutes les reprises de Katerine, Francis et ses peintres, qui revisitaient en version jazzée et décalée un paquet de chansons de l’ADN plus ou moins volontaire Français.

C’était troublant parce qu’en nous, les sentiments s’entrechoquaient. On a vachement ri du ridicule de la situation en écoutant la mielleuse Elle est d’ailleurs, de Pierre Bachelet, mais en même temps, on a chanté de bon cœur son refrain hyper efficace une fois dépouillé de ses vêtements connotés. Même sentiment pour Sous le vent, duo pas très champ gauche de Garou et Céline, ou pour Au fur et à mesure, de Liane Foly. Comme une lutte entre le cœur et la raison. Et c’est le cœur qui gagnait.

Ailleurs, le sentiment est un peu différent, quand Katerine, Francis et ses peintres — qui n’ont pas traînés leur veston en queue-de-pie au Québec — reprenaient des morceaux moins commerciaux ou des titres rap, comme Dans ma Benz, de NTM. Là le comique était surtout dans la réinterprétation, dans le contraste sonore entre les versions.

Les quatre musiciens du groupe, menés par le saxophoniste et claviériste François Ripoche, ont un beau rôle dans le spectacle, offrant un rock-pop-jazz parfois déconstruit ou minimaliste, mais ne détournant jamais de l’essentiel, soit des paroles chantées par Katerine, ou du moins des refrains.

Parce que c’est ça qui ressort de tout ça. C’était les mélodies et les refrains qu’on anticipait toute la soirée. Les couplets passent, les refrains restent, et Katerine en a fait la preuve hier.

Mauves Avant Philippe Katerine et sa bande, le groupe de Limoilou Mauves a montré ses talents musicaux et scéniques malgré une sonorisation franchement moyenne, soit trop forte soit trop sourde. Le jeune groupe de Québec a un son complexe mais pas confondant. Entre du rock très seventies, des harmonies vocales à la Beach Boys et des moments quasi prog, le quatuor se faufile très habilement.

Beetle ou T-Bird avait des allures de road trip spleenesque avec le clavier vibrant comme un orgue, Montréal jonglait bien entre les guitares électriques et le xylophone. Bref Mauves varie les intensités et les intentions, et on ne s’ennuie pas. Le chanteur principal s’est bien démené sur scène, en perdant même deux fois ses lunettes, demandant à la foule si elle avait vu où elles étaient tombées, cherchant à tâtons sur la scène. À vos agendas, Mauves a annoncé un nouvel album le 12 novembre.

La Jarry

En début de programme, le quatuor Français La Jarry a offert un rock lourd plutôt conventionnel, mais en français dans le texte, fait rare dans l’Hexagone. Faisant un peu penser à The Offspring dans les mélodies aiguës, la formation d’Orléans a offert peu de choses fraîches, martelant un peu simplement des accords barrés et répétant le mot «rock’n roll» à satiété.

Mais on peut dire que La Jarry a bossé fort pour allumer la petite foule présente vers 20h à l’Impérial. Fort quitte à se lancer dans des débats Québec-Montréal («J’ai l’impression que Québec ce soir va nous prouver qu’à Montréal ce sont des petit joueurs !»), ou à chercher des «chums» et des «blondes» célibataires dans la salle, évidemment en vain. Ils ont même joué une chanson enregistrée avec Martin Deschamps, Les cousins, dont on ne sait pas si on doit la trouver sympathique ou navrante. Au final on pardonnera les faux pas, mais moins le manque d’originalité.