30 ans de découvertes au Festival de Tadoussac

Le Festival de Tadoussac offre l’occasion de se rendre, en kayak, dans une petite anse pour assister à un spectacle donné sur les rochers. Ci-dessus, le groupe Avec pas d’casque.
Photo: Marc Loiselle Le Festival de Tadoussac offre l’occasion de se rendre, en kayak, dans une petite anse pour assister à un spectacle donné sur les rochers. Ci-dessus, le groupe Avec pas d’casque.

D’un projet porté à bout de bras par quelques amis passionnés de musique francophone, le Festival de la chanson de Tadoussac est devenu un rendez-vous musical qui attire chaque année près de 30 000 personnes. Un tour de force en pleines FrancoFolies de Montréal, et à 500 kilomètres de la métropole. Il fête cette année son 30e anniversaire.

Au fil des ans, Tadoussac a vu passer et repasser de grands noms de la chanson. Il a aussi vu mûrir quantité de jeunes talents. Plusieurs mélomanes, avertis ou non, ont eu droit au « goût concret du mémorable », comme l’écrivait Miron. Et malgré le succès, le petit village niché à l’embouchure du fjord du Saguenay a su préserver son ambiance le plus souvent intimiste, loin des bruits parasites de la ville.


Mais le festival de « Tadou » a dû batailler fort pour devenir « le plus grand des petits festivals ». La directrice de la programmation, Catherine Marck, se souvient que le public était peu réceptif à la chanson francophone au cours des premières années. « Dans les années 80, les gens venaient à Tadoussac pour voir les baleines, mais pas les spectacles. Ils écoutaient moins les artistes. Même que parfois, ils ne les écoutaient pas du tout. En 1988, on avait invité Richard Desjardins. Personne ne savait qui il était et personne n’écoutait. Même que les gens parlaient pendant son spectacle. Il s’en est souvenu, mais il est revenu. »


Malgré des débuts plus que modestes, les organisateurs ont poursuivi l’aventure, quitte à tous travailler bénévolement pendant des années. Leur récompense ? Des souvenirs musicaux inoubliables. Mme Marck a particulièrement été marquée par le passage d’un groupe naissant en 1991 : Les Colocs. « Il s’est vraiment passé quelque chose pendant le spectacle, même si personne ne savait qui ils étaient. Ils ont vraiment été remarqués. On les a d’ailleurs réinvités en 1993. »

 

Place aux découvertes


En fait, toute l’histoire de ce rendez-vous de la mi-juin est parsemée de rencontres entre un public ouvert aux découvertes et des artistes qui en sont parfois à leurs premiers tours de chant. L’idée de donner leur chance à des artistes en début de carrière a toujours fait partie de l’ADN du festival, souligne Catherine Marck. Les Dan Bigras et Linda Lemay y sont passés à leurs débuts, même chose pour Pierre Lapointe ou Yann Perreau. « Il se suspendait aux poutres du plafond du Café du fjord, un petit bar rempli à craquer. C’était un spectacle complètement fou », lance la directrice de la programmation.


En 2011, une jeune Néo-Brunswickoise inconnue a fait sensation parmi les artistes qui participent, chaque année, à une semaine de résidence d’écriture avant le festival. L’an dernier, Lisa LeBlanc est revenue offrir pas moins de trois spectacles très courus. Elle y sera encore cette année, pour une rencontre scénique avec la bande de Canailles aux petites heures du samedi matin.


Pour ceux et celles qui n’ont plus besoin de présentation, Tadoussac est surtout l’occasion d’offrir une prestation toute en proximité avec le public. Les Daniel Bélanger, Mara Tremblay, Richard Desjardins et Luc De Larochellière sont tous passés par le sous-sol de l’église, devant à peine plus de 200 personnes. Il y a deux ans, les Douze hommes rapaillés ont pris le traversier pour venir créer l’événement dans cette même église. Même que l’après-midi précédant le spectacle, les festivaliers ont eu droit, sur le parvis de l’église, à un extrait a cappella du Retour à nulle part de Gaston Miron. Moments d’émotions sous le soleil.

 

La beauté de Tadoussac


Catherine Marck se réjouit de tels instants totalement spontanés, mais elle se dit convaincue que la beauté des lieux y est pour beaucoup dans le succès du festival. « On peut voir plusieurs des artistes à Montréal, et même gratuitement. Les gens aiment la chanson, mais c’est aussi parce que c’est magnifique, Tadoussac. » Les organisateurs misent d’ailleurs de plus en plus sur la personnalité de ce village habituellement tranquille. « L’idée, ce n’est pas de rassembler de grandes foules, mais de garder ça relativement intime », souligne Mme Marck.


On profite aussi des eaux du magnifique fjord. Le samedi après-midi, il est possible de se rendre en kayak dans une petite anse pour assister à un spectacle donné sur les rochers. Avec un peu de chance, on revient vers la baie de Tadoussac accompagné par un petit rorqual ou un groupe de bélugas. Autre trouvaille : Caïman Fu jouera cette année dans les dunes de la baie pour accompagner le lever de soleil du samedi matin.


Attachés aux artistes qui passent par le festival, les organisateurs tiennent aussi à les accompagner dans leur cheminement, insiste Mme Marck. « C’est tant mieux si Damien Robitaille revient, ou encore Bernard Adamus. C’est important que ces artistes talentueux ne soient pas uniquement des étoiles filantes. »


Adamus sera effectivement de la 30e édition, du 13 au 16 juin. L’ensemble de la programmation est disponible depuis mardi sur le site Web du festival. Mais parmi la cinquantaine d’artistes qui traceront la route jusqu’à Tadoussac, on compte la grande Anne Sylvestre, Louis-Jean Cormier, Marie-Pierre Arthur et Karim Ouellet. L’Open Country de Mountain Daisies réunira Pierre Flynn, Mario Pelchat, Stephen Faulkner, Michel Faubert et Lisa LeBlanc. On y fera aussi des découvertes, pour le plaisir.

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Les Colocs de passage au festival en 1991