Brian Blade, batteur caméléon

Il aurait tous les droits de pavoiser : après tout, Brian Blade est essentiellement le meilleur batteur au monde. De Joshua Redman à Wayne Shorter, de Daniel Lanois à Bob Dylan, de Joni Mitchell à Emmylou Harris, ils sont à tout le moins plusieurs à le penser. Et où jouera demain le meilleur batteur au monde? Au Upstairs, devant moins de 100 personnes… et derrière Fraser Hollins.

C’est en effet le nom du contrebassiste montréalais qui apparaît en tête d’affiche du groupe qui se produira deux fois demain [lire autre texte ci-dessous]. Et il paraît que Blade a lui-même insisté pour que la lumière soit dirigée vers son collègue plutôt que sur lui. Élégance et courtoisie ? Certainement.


Quand on lui fait remarquer (par échange courriel) que le geste est généreux - et que le Upstairs est bien petit quand on est capable de remplir beaucoup plus gros, Brian Blade rouspète gentiment. « C’est un privilège et une faveur chaque fois que j’ai l’opportunité de jouer, dit-il, peu importe la capacité de la salle. Je dirais même que je préfère jouer dans de petites salles parce que l’environnement permet un échange d’énergie immédiat. » Il ajoute que Fraser Hollins et lui se connaissent depuis un moment, mais n’ont jamais joué live ensemble. Et que ce sera un honneur pour lui que de jouer sa musique. Élégance et courtoisie, voilà.


Mais il y a aussi que pour Brian Blade, élargir le spectre des collaborations est un leitmotiv aussi constant que naturel. Le musicien cumule les projets aux plus hauts échelons musicaux depuis une bonne quinzaine d’années : on l’a connu aux côtés des saxophonistes Joshua Redman et Kenny Garrett, puis comme membre régulier du Wayne Shorter Quartet, ou avec Chick Corea. On l’entend sur le magnifique Time Out of Mind de Bob Dylan, on l’entend sur plusieurs albums de Daniel Lanois (dont le projet Black Dub qui a mis le feu à Wilfrid-Pelletier l’an dernier), avec Emmylou Harris, etc.


Multiplateforme, donc. Et toujours excellent. De Blade, Joshua Redman a déjà dit qu’il était « un de ces musiciens qui joue parfaitement peu importe le contexte. Chaque fois que je l’entends, je me dis que c’est le batteur idéal pour ce groupe-là. Il fait en sorte que chaque membre du groupe joue 10 fois mieux et 10 fois plus profondément. […] C’est troublant de voir l’émotion qu’il investit dans la musique et la connexion qui se fait. Sa musique a toujours de l’âme ».


En entrevue, Blade renvoie simplement le compliment à Redman, en soulignant que le saxophoniste « est ce genre de musicien qui est toujours à la hauteur », et même un peu plus. Puis il précise son approche : « Au fond, mon désir lorsque je joue est de servir la chanson. Je veux être capable de produire ce qu’il faut pour élever le jeu. Je n’essaie pas d’imposer d’idées stylistiques préconçues, mais plutôt de m’adapter à la situation et de faire en sorte que ce qui doit être dit ou joué se révèle, peu importe le style. »

 

Shorter


C’est ce qui lui permet de passer sans forcer du jazz au rock, du folk à une forme de soul (son album Mama Rosa, où il chante et joue de la guitare), et de toujours apporter cette couleur Blade à laquelle on aura doublement droit cette semaine : demain au Upstairs, et vendredi au théâtre Maisonneuve aux côtés du légendaire Wayne Shorter, avec qui il joue depuis 12 ans.


C’est d’ailleurs une collaboration à laquelle Blade tient beaucoup, dit-il. « Jouer avec Wayne Shorter, c’est se frayer un passage à travers la noirceur pour tracer un chemin vers le futur en s’appuyant sur l’imagination et l’espoir, illustre le musicien. Il donne à chaque membre du quartet la liberté de sauter dans l’inconnu avec lui et de véritablement créer quelque chose dans le moment présent, ensemble. C’est cette recherche constante qui fait de lui le génie qu’il est et l’homme qui inspire tant. »

Season of Changes, de Brian Blade and the Fellowship Band