Le FIJM à l'Upstairs - Le salut aux anciens de Goldberg

Le pianiste Aaron Goldberg se produira en trio le mercredi 4 juillet à l’Upstairs.
Photo: Emra Islek Le pianiste Aaron Goldberg se produira en trio le mercredi 4 juillet à l’Upstairs.

On l’aime bien, Aaron Goldberg. Même qu’on l’apprécie énormément beaucoup, le pianiste également docteur en études sociales et en sciences politiques de Harvard, soit l’université économiquement très bavarde. On l’aime bien parce qu’il est doublement unique, singulier, particulier, celui qui se produira en trio le 4 juillet à l’Upstairs dans le cadre du FIJM.

À dire vrai, à dire la réalité sans l’ombre d’une hésitation, Goldberg est très singulier parce qu’il est le seul pianiste du temps présent qui emprunte certaines saillies des pianistes d’antan. Ceux, pour être plus précis, qui étaient au coeur des trios des années 50 et 60.


Oui, oui, oui… Écouter Goldberg, écouter notamment l’excellent Yes ! sur étiquette Sunnyside, revient à ressentir ce que l’on goûte et apprend lorsqu’on écoute - tenez-vous très bien - Red Garland, Elmo Hope, Hampton Hawes, Carl Perkins, Bobby Timmons, Duke Jordan, Wynton Kelly, Junior Mance, Horace Parlan et Kenny Drew, soit…


Soit les princes de l’athéisme, les militants du pesant ou, dit autrement, les adversaires du cool jazz et des chemises à fleurs, soit les aficionados du hard-bop, soit ces éclaireurs qui ont décidé d’aller de l’avant après être allés en arrière. Oui, oui, oui… De quoi s’agit-il ? Ce retour aux sources en général et au blues en particulier, c’est à Garland et d’autres qu’on le doit.


Décaper, bouger, bousculer...


Aujourd’hui, donc, Goldberg résume à lui tout seul ce style fait de ponctuations, vives, incisives, joyeuses, sensuelles. C’est par ce parti pris qu’il se distingue d’un Keith Jarrett, d’un Tord Gustavsen ou encore d’un Brad Meldhau. Ces derniers sont lyriques, méditatifs, donc amateurs de lenteurs, et parfois de préciosités, là où Goldberg aime décaper, bouger, bousculer. Ses interprétations de pièces composées par Thelonious Monk et Duke Ellington se démarquent énormément de celles signées par d’autres. On le répète, il est très singulier.


Cette inclination pour le très particulier est évidemment l’écho d’un parcours très singulier. Et tout d’abord, du cercle familial. « J’ai eu ce qu’on pourrait appeler un problème de famille. Mes parents n’étaient vraiment pas chaud à l’idée que je sois musicien professionnel. »


« On a donc conclu une entente. Je poursuivrais des études dites sérieuses le jour et le soir ce serait la musique. J’ai énormément appris par moi-même. Bref, j’allais à l’université le jour et le soir je jouais dans des clubs. C’est ainsi que j’ai rencontré beaucoup de musiciens. »


Au début des années 90, à New York, il va animer régulièrement les jams de Smalls, soit ce club qui peut se vanter à juste titre d’avoir été le lieu de naissance d’un courant dont lui, Mark Turner, Ben Wolfe, Omer Avital, Seamus Blake et bien d’autres sont aujourd’hui les figures de proue.


Toujours est-il que c’est là qu’il se fera remarquer. Qu’il sera engagé, que sa carrière prendra son envol grâce à sa contribution aux formations dirigées par le saxophoniste Mark Turner, les trompettistes Freddie Hubbard et Tom Harrell et le saxophoniste Joshua Redman. On lui a demandé ce qu’il avait appris de chacun d’eux.


« Auprès de Mark, j’ai appris que, si l’on tient mordicus à être original, on doit absolument étudier très méticuleusement les maîtres du genre. Pour lui, c’est la seule manière de trouver sa voix. Je vous assure qu’il a énormément étudié John Coltrane, Joe Henderson et Warne Marsh. »


Tom Harrell ? « Il est un exemple à plus d’un titre. Quand on sait le type de maladie qui le frappe [NDLR : il est schizophrène], je reste très admiratif par sa manière qu’il a d’insuffler de la mélodie, du lyrisme dans tous les registres. Tom est un battant. Il a vaincu tous ceux qui étaient sceptiques à son endroit. »


Freddie Hubbard ? « Je l’ai connu vers la fin d’un long parcours. Il n’était plus aussi technique, aussi virtuose qu’il le fut à l’époque de ses enregistrements pour Blue Note, mais il avait une confiance étonnante. Il y avait chez lui ce je ne sais quoi de très encourageant. »


Joshua Redman ? « Nous jouons encore ensemble. C’est un de mes meilleurs amis. Il m’a beaucoup appris sur l’approche que l’on doit avoir sur le flanc des affaires. Du business. J’ai surtout appris que, pour rester créatif, pour éviter la paralysie, on doit avoir et cultiver des standards de qualité très élevée. Pour lui, un show est aussi une expérience qu’on livre au public. Il est très généreux. » Ave !


Aaron Goldberg jouera le 4 juillet à l’Upstairs en compagnie de Rick Rosato à la contrebasse et Obed Calvaire à la batterie. Prix du billet ? 26,50 $. Tél. : 514 931-6808.