Jean-Pierre Ferland au Festival d'été de Québec - Jaune, puis jaune plus pâle

Question de montrer le pivot que Jaune a été dans sa carrière, Ferland, exceptionnellement à la guitare, a lancé son spectacle avec Marie-Claire, une pièce écrite deux ans plus tôt.
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Question de montrer le pivot que Jaune a été dans sa carrière, Ferland, exceptionnellement à la guitare, a lancé son spectacle avec Marie-Claire, une pièce écrite deux ans plus tôt.

Quarante ans après la parution de son album Jaune, Jean-Pierre Ferland bouclait hier soir, sur les plaines d'Abraham, la boucle d'un mini tour de piste où il célébrait l'anniversaire de ce disque-clé dans sa carrière et dans la musique québécoise en général. Après Montréal et Ottawa, c'est au Festival d'été de Québec que Ferland posait les pieds. Et force est de constater que ses bombes restent des bombes.

Question de montrer le pivot que Jaune a été dans sa carrière, Ferland, exceptionnellement à la guitare, a lancé son spectacle avec Marie-Claire, une pièce écrite deux ans plus tôt. «Ça, c'était avant. Avant l'arrivée des guitares électriques, des ordinateurs.» Quand même, Ferland n'avait pas trop déstabilisé son public de l'époque avec les premiers titres de Jaune, Prologue et Le Petit roi, encore ancrés dans la chanson. Hier, elles étaient rondement enrobées, le vétéran chanteur de 77 ans étant entouré de quatre cordes, quatre choristes et quatre cuivres.

C'est à peu près là dans le disque que le LSD est embarqué. Ferland, dont la voix avait failli à Montréal en juin, était hier bien sur la note, et lui était visiblement à l'aise avec les plus exploratoires Quand on aime on a toujours vingt ans et Sing Sing. Ce sont plutôt ses choristes qui étaient souvent à côté de la note lors des moments de voix entremêlées de God Is An American, par ailleurs très funk, aux cuivres pétaradants.

La force de l'orchestre, on l'a retrouvée en finale, avec Le Chat du café des artistes, repoussée plus loin que son ordre habituel. Après les plus oubliables Y'a des jours et It Ain't Fair, Le Chat... était puissamment livrée, tous les instruments rugissants. Même qu'une chorale d'une quarantaine d'enfants a chanté les chœurs, avant de saluer, sur l'écran derrière eux, l'image d'un Jean-Pierre Ferland assis dans la pelle d'un gros camion jaune, reculant vers l'horizon.

Le reste de la soirée aura été pavé des grands classiques de Jean-Pierre Ferland. Des pièces qui, musicalement, paraissaient nécessairement plus pâles que celles de Jaune. T'es Belle, La Musique, Une chance qu'on s'a, même avec le retour (trop) puissant des enfants chanteurs, sentaient la ballade «adulte contemporain». Le public s'en battait l'œil, et était visiblement porté par ces textes d'amour, encore livrés avec aplomb par Ferland. Mention aux invités Marième et Éric Lapointe, qui ont brassé respectivement Le Soleil emmène au soleil et Qu'est-ce que ça peut bien faire.

Doux Charbonniers

Plus tôt, au coucher du soleil sur les plaines, les cinq Charbonniers de l'enfer ont offert une toute douce mise en bouche, avec leurs pièces traditionnelles jouées sans autres instruments que leurs voix et leurs pieds.

Bon, des traditionnelles, oui et non, la bande à Michel Faubert s'étant amusé, sur leur dernier disque Nouvelles fréquentations, à reprendre des pièces plus récentes. Comme Le Vent l'emportera, de Noir Désir, Le Wagon – une adaptation de Boxcar, de Neil Young –, et La Comète, une pièce que André Fortin, des Colocs, avait laissée inachevée avant sa mort.

Les hommes en noir ont offert une sélection musicale au rythme un peu lent pour allumer la foule. Aussi belles étaient leurs harmonies, Les Charbonniers ont peiné à faire lever la foule. Heureusement, ils se sont un peu amusés avec un bloc «criminel». «Y'en a qui se lèvent le matin et c'est la musique classique, d'autres, c'est le jazz. Certains écoutent Les Charboniers. Mais moi c'est Claude Poirier. Quel homme — de race blanche et portant des verres — sympathique! La prochaine toune c'est pour lui rendre hommage, c'est la suite Allô police!» Ont suivi Léopold Gibouleau, Hold-Up, de Plume et En prison maintenant.

C'est peut-être par la fibre patriotique qu'ils ont percé la muraille du public endormi, avec Le Chant d'un patriote de Félix Leclerc – «mes généraux sont mes rivières, et mon état-major, le vent» – et Jours de plaine, de Daniel Lavoie. Et en finale, le groupe a délaissé les chansons pour les turlutes, beaucoup plus rythmées, faisant lever la foule pour de bon, mais très tardivement.
1 commentaire
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 16 juillet 2011 08 h 12

    Le Vent l'emportera

    Les Charbonniers ont chanté du Bernard Cantat? Eh ben! Où était Widji?
    Et que vont dire tous nos hystériques, défenseurs des femmes battues?