Festival de Tadoussac - Le goût concret du mémorable

La Néo-Brunswickoise Lisa Leblanc marie à merveille la sensibilité à fleur de peau et l’humour, avec cet accent acadien que l’on aime tant.<br />
Photo: © Michel Pinault La Néo-Brunswickoise Lisa Leblanc marie à merveille la sensibilité à fleur de peau et l’humour, avec cet accent acadien que l’on aime tant.

Tadoussac — Les organisateurs appréhendaient peut-être les aléas de la météo, mais on a eu droit à du ciel bleu, rien que du ciel bleu. Et on a marché dans ce toujours séduisant village de Tadoussac, de quoi se laisser tout à la fois surprendre et réconforter par cet agréable amalgame de valeurs sûres et de découvertes musicales. Une bien jolie façon de commencer l'été.

Et disons-le franchement, on avait bien hâte de voir l'Événement de cette 28e édition du Festival de la chanson: les Douze hommes rapaillés. Le point culminant de ces trois jours de musique. Autant d'artistes de renom sur une même scène — et oui, bien loin des grands centres — avait de quoi attirer l'attention. Quand en plus ils mettent en musique les mots de Gaston Miron, dans une église d'à peine 500 places, on a rendez-vous avec «le goût concret du mémorable», comme l'écrivait le poète. Rien de moins.

Décidément, le plus grand des petits festivals a réussi là tout un tour de force. Mais puisqu'on ne fait jamais les choses comme ailleurs, la magie avait commencé à opérer dès le samedi après-midi. Il fallait entendre la plupart des douze entonner a cappella, sur le parvis de l'église, le Retour à nulle part de Miron. «Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver/Nous entrerons là où nous sommes déjà/Car il n'est pas question/De laisser tomber notre espérance». Par les temps qui courent, il semble bien que sa poésie résonne plus fort que jamais.

L'église, justement, a été pleinement utilisée cette année, avec deux scènes. C'est dans ce sous-sol qu'on a pu aller groover avec le crooner franco-ontarien Damien Robitaille. Bête de scène, généreux et tutti quanti. On y a aussi eu droit à Karkwa, Malajube et Jérôme Minière. Du bon, du très bon, par des artistes qui se passent de présentation.

Côté découvertes, il y avait bien du monde à l'embouchure du fjord du Saguenay. Tout en haut de la liste, on placera le nom de Lisa Leblanc, une Néo-Brunswickoise qui, à peine au début de la vingtaine, a déjà l'assurance des grands. Et elle marie à merveille la sensibilité à fleur de peau et l'humour, avec cet accent acadien que l'on aime tant. Elle sera d'ailleurs aux Francofolies cette semaine.

On notera aussi Karim Ouellet, lauréat du prix FrancoFolies lors des dernières Francouvertes. Un jeune homme d'origine sénégalaise qui nous a offert son folk-reggae dans la chaleur très bienvenue de l'après-midi. Dans le rayon festif, ça se déhanchait ferme dans le coin de l'Auberge de jeunesse, le site qui ne dort jamais. Sans doute en bonne partie grâce à la bande d'Élage Diouf. Une musique du monde taillée sur mesure pour faire lever la pâte.

Petit décompte rapide, ils étaient plus d'une cinquantaine d'artistes à avoir fait le chemin jusqu'à «Tadou». Pas étonnant alors que l'intérêt envers ce festival, visiblement, demeure aussi grand, malgré la concurrence des FrancoFolies de Montréal. On avale bien quelques kilomètres pour s'y plonger. Pourvu le soleil y soit... et les baleines tout près.