Jazz - Et revoilà le référendum annuel...

Le grand gagnant selon Downbeat: Joe Lovano <br />
Photo: Downbeat Le grand gagnant selon Downbeat: Joe Lovano

Chaque année, fin juillet, le magazine Down Beat publie les résultats du questionnaire rempli par des critiques du «monde mondial». Pis? Le grand gagnant de la 58e édition de cet exercice au parfum référendaire s'appelle Joe Lovano. Il décroche la timbale puisqu'il a été consacré musicien jazz de l'année, le saxophoniste de l'année et même le patron du meilleur band de l'année identique à l'autre année.

Sonny Rollins le suit dans les catégories artiste de l'année et saxophone ténor, alors que le trio de Keith Jarrett se place deuxième dans celle de groupe jazz. Un étonnement? Et comment! John Zorn, qui produit des albums remarquables, ainsi qu'Allen Toussaint, qui a signé l'une des meilleures galettes de 2009, n'y sont pas. Par contre, il y a Henry Threadgill. Que ce musicien et compositeur exigeant pour nos oreilles soit dans les classes des groupes et artistes en vue révèle un changement: le conservatisme est à la baisse. À preuve...

À preuve, l'entrée du pianiste et chef de file du mouvement AACM Muhal Richard Abrams dans le Hall of Fame. Un râlement? Deux plutôt qu'un. Randy Weston est deuxième. Que le pianiste de Hi-Fly, le compositeur de Mystery of Love, l'ethnologue des musiques africaines, que cet homme dont la carrière s'étend sur plus de 60 ans ne soit pas encore dans le «hall machin», ça dépasse l'entendement.

Au piano, comme d'habitude, Keith Jarrett est en tête, loin devant Kenny Barron, Hank Jones, décédé le 16 mai dernier, Brad Meldhau, Jason Moran, Herbie Hancock, Vijay Iyer, McCoy Tyner, Geri Allen et Cecil Taylor. Que Steve Kuhn et Harold Mabern n'y soient pas alors que Hancock y est, même s'il fait de la soupe depuis longtemps, ça mérite une paire de baffes.

Le trompettiste? Dave Douglas — c'est mérité! — devance Wynton Marsalis, Terence Blanchard et Tomazs Stanko. Au trombone, le vieux Roswell Rudd double Steve Turre et Wycliffe Gordon. Au saxe alto, l'inoxydable Lee Konitz est bon premier, suivi d'Ornette Coleman et de Phil Woods. John Zorn est le dernier de la liste. Au baryton, Gary Smulyan est sur la plus haute marche du podium, James Carter sur la deuxième, Ronnie Cuber sur la troisième. À la clarinette, la logique a primé: Don Byron.

À la guitare, Bill Frisell (yes!) a obtenu un vote de plus que Jim Hall et 21 de plus que Pat Metheny. À la contrebasse, Christian McBride est en «pole position», comme ils disent en France, Dave Holland est dans la roue devant Ron Carter et Charlie Haden. À l'électrique, Steve Swallow est en tête, suivi de Stanley Clarke. Un étonnement (bis)? Christian McBride est devant Marcus Miller.

La palme de l'album blues de l'année revient à Eric Bibb pour Booker's Guitar, qui est en effet splendide. Après Bibb, c'est Otis Taylor pour Pentatonic, Shemekia Copeland pour Never Going Black, Corey Harris pour Blu.Black, qui est remarquable, Carolina Chocolate Drops pour Genuine Negro Jig, que Joe Henry a produit. En fait, ce groupe, plus americana que blues, est la belle surprise de l'année.

La meilleure étiquette? ECM, devant Sunnyside, Blue Note, Clean Feed, Mosaic, Nonesuch et High Note. Le trophée du producteur revient à Manfred Eicher, qui double Michael Cuscuna, grand manitou de Mosaic, et Bob Belden. Un autre râlement? Joe Henry n'est pas dans la liste alors qu'il a été aux commandes de Bright Mississippi d'Allen Toussaint et de Genuine Negro Jig. Amen!

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En rafales

- Oyez, oyez, braves gens. Sachez que l'excellent réseau radiophonique américain National Public Radio (NPR), qui est affilié au tout aussi excellent réseau télé PBS (pour Public Broadcasting System), a diffusé en direct du Village Vanguard, mercredi dernier, le premier set du grand pianiste Barry Harris. Vous pouvez l'écouter en ligne comme vous pouvez entendre d'autres shows.

- Dans le dernier Jazz Magazine, on a retenu ce propos de Harris: «Je dirais plutôt que je suis le gardien de la musique la plus avancée qui soit. Je continue de voyager à travers le monde parce que je vais avoir 80 ans et que je ne veux pas mourir avant d'avoir transmis toutes mes connaissances. Ça m'est bien égal de savoir à qui je les enseigne. Je suis le plus vieux professeur et je suis le meilleur!» Très bien vu.