Entrevue avec Jean-Pierre Ferland - Le retraité chez le bijoutier

Florence K chante La Musique avec Jean-Pierre Ferland sur le CD Bijoux de famille – Duos Ferland.
Photo: Florence K chante La Musique avec Jean-Pierre Ferland sur le CD Bijoux de famille – Duos Ferland.

Réaction de hérisson: je me mets en boule. Méfiance! Qu'est-ce que c'est que ce Bijoux de famille? Veut-on vraiment d'un autre album de duos fomenté par le patron de Zone 3, Paul Dupont-Hébert pour ne pas le nommer? Après Duos Dubois, ce disque si honteusement bâclé que tout le monde a acheté quand même sur la foi des gros noms en présence, nous refaire le coup avec un Duos Ferland? Je me rebiffe. Pas mon Jean-Pierre, tout de même! Et encore une affaire de grosses pointures — Garou, Bruno Pelletier, Florence K, Lynda Lemay, Natasha St-Pier, Éric Lapointe, Corneille, Marie-Élaine Thibert... —, encore du garanti sur facture. Était-ce bien nécessaire?

Ferland au bout du fil, de chez lui à Saint-Norbert. Dis, Jean-Pierre, as-tu chanté dans le même studio en même temps avec chacun, à tout le moins? «Ben sûr que oui. C'est pas toi à Paris et puis moi à Montréal. Le seul avec qui j'ai pas chanté en direct, c'est Corneille.» Ça s'entend: pas de feu dans la cheminée virtuelle. «Tous les autres, c'est des vrais contacts. Plus que ça: des rencontres.» Ça s'entend aussi. Avec Garou pour T'es belle, il y a complicité manifeste, les compères jouent aux crooners. «Moi j'étais Sinatra, lui Dean Martin... » Avec Kevin Parent, Éric Lapointe, qui partagent avec Ferland une nouvelle chanson écrite avec Kevin et le directeur musical Alain Leblanc, l'excellente Le chanteur est menteur, c'est un vrai party de gars. Ferland et Vigneault, comme de raison, sont larrons en foire pour Y'a pas deux chansons pareilles. «On a chanté, on s'est amusés, on s'est aimés profondément.»

On ne peut pas dire la même chose du duo avec Bruno Pelletier: ce n'en est pas un. C'est du Bruno solo, à pleins poumons dans L'Abdication, autre nouvelle chanson, primeur de Madame Simpson, la comédie musicale que Ferland n'en finit plus de récrire (la fameuse histoire d'amour entre Édouard VIII et Wallis Simpson). «C'est un duo d'écriture entre Alain Leblanc et moi», offre Ferland, jamais à court de pirouettes. «C'est Édouard qui s'adresse au peuple à la radio, un soliloque!» Admettons. Natasha St-Pier et Marie-Élaine Thibert n'ont pas tellement besoin de Ferland non plus pour se partager Quand on aime, on a toujours vingt ans. «Je m'amuse derrière elles. Mais je suis là!»

Dupont-Hébert l'a-t-il sorti de force de sa (relative) retraite, ou Ferland a-t-il sauté sur l'occasion d'une petite visite chez le bijoutier? «C'est pas rien que pour l'argent. Ça a commencé le soir où Rythme FM m'a rendu hommage. J'ai rencontré Garou, je l'ai aimé. J'ai trouvé Natasha St-Pier adorable, j'avoue. Et là Paul m'a dit qu'on devrait faire un disque avec ça. J'étais pas sûr. Mon dernier coffret, qui contenait pourtant un cheval de bataille extraordinaire, Un peu plus haut, un peu plus loin, avec Céline et Ginette, ça s'est pas vendu.» Petite revanche à prendre. Question d'orgueil plus que d'argent, comprend-on. «Finalement, j'ai dit oui. On a pris ce qui était "gardable" de l'émission de radio, le duo avec Garou, par exemple. Et on a fait le reste en studio. Et j'ai eu du plaisir!»

Ça fait beaucoup d'après à la fin finale du spectacle d'adieu au Centre Bell, je trouve. Et le lui dis. «C'est pas parce qu'un aviateur prend sa retraite qu'il peut pas revoler! Je suis bien dans ma retraite, je n'ai plus soif d'applaudissements du tout. Mais je ne pouvais pas dire non à Céline et Ginette, à Québec. Ni à l'hommage de Rythme FM. Mais je refuse d'aller refaire les duos à la télé. Je continue d'écrire des chansons, j'en écris pour Céline, mais je pense que j'abuse pas. J'ai pas triché personne.»

«Je n'ai plus de deadline, c'est une liberté extraordinaire. J'écris et je suis bien. Oublie pas que toute ma carrière, je me suis demandé si j'étais un imposteur. Est-ce que j'ai du talent ou bien je triche? Comment ça se fait que j'ai du succès? Aujourd'hui, je m'aperçois, en écrivant encore, que j'étais pas un imposteur. J'avais ça inné, fallait que je crée. Et j'ai créé, et je crée encore. Ma ferme est une de mes plus belles créations. J'arrêterai pas de créer.»

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