Jazz - Plutôt Texier que Jarrett

Depuis vingt, ou plutôt depuis trente ans, Keith Jarrett mène son trio dans toutes les salles de la planète où le souci de l'acoustique est observé avec constance. Lorsqu'il n'est pas au Lincoln Center, il est à la salle Pleyel ou encore au Metropolitan Hall de Tokyo. Et très souvent, trop souvent en fait, ses prestations sont enregistrées avant d'être publiées, évidemment, sur l'étiquette ECM.

Le dernier en date? Yesterdays. Il est fait presque essentiellement de pièces enregistrées lors d'un concert à Tokyo en 2001 en compagnie de ses habituels complices, soit Gary Peacock à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie. Comme c'est presque toujours le cas, ils interprètent soit des standards, soit des morceaux de bravoure.

Certains d'entre eux étant identifiés à Miles Davis, Chet Baker ou Dizzy Gillespie, on tient à décliner tous les titres: Strollin' de Horace Silver, You Took Advantage of Me, Yesterdays, Shaw'nuff de Gillespie-Parker, You've Changed, Scrapple from the Apple de Parker, A Sleepin' Bee, musique de Horace Arlen et paroles de... Truman Capote, Smoke Gets in Your Eyes et Stella by Starlight, cher aussi bien à Davis qu'à Baker.

Comme d'habitude (bis), c'est fort bien enregistré, bien produit, mais toujours aussi ennuyeux, ou plutôt aussi fade. Il va sans dire que les amateurs de Jarrett trouveront deux ou trois matières à satisfaction, mais en ce qui nous concerne, c'est... froid. Le froid du polaire. Il n'y a pas une once de vie.

En fait, si on tient à avoir une idée juste du talent de Jarrett, de ce trio plus précisément, et si on ne possède aucun album de lui, alors on vous conseille l'achat des Standards Volume One et Two. Pour le reste... mieux vaut s'en tenir à Red Garland!

Un musicien immense

On adore le contrebassiste Henri Texier. On l'apprécie en compagnie de Louis Sclavis et du batteur Aldo Romano. Mais on l'aime surtout lorsqu'il enregistre ses albums généralement composés de morceaux portant sa signature. Pour dire les choses simplement, Henri Texier est un musicien immense.

Et alors? Il y a peu, Label bleu a eu la bonne idée de confectionner une compilation. On vous l'annonce d'emblée, on a vu des copies de ce double chez Archambault mais non chez HMV. Le prix? Si notre mémoire n'est pas trop infidèle, cette compilation se détaille autour de 40 $. Désolé de ne pas être plus précis, mais comme on possède tous les Texier sur Label bleu, on ne l'a pas acheté.

Cela dit, on vous suggère vivement l'achat de cette dernière publication pour mille et une raisons qui ont trait aux beautés des musiques revues et surtout corrigées par cet instrumentiste, mais aussi pour une raison qui a trait à un aspect platement économique.

Voilà, il y a quelques mois de cela, Label bleu a déclaré faillite. Si on a bien suivi les méandres de la distribution, si on a bien compris les conséquences afférentes à cette faillite, il est plus difficile qu'auparavant de mettre la main sur Mosaïc Man ou Remparts d'argile — un sommet! —, ou encore Alerte à l'eau. CQFD: cette compilation arrive à point nommé. Au fil des pièces, vous entendrez Joe Lovano ou Lee Konitz, Tony Rabeson, batteur extraordinaire, Bojan Zulkikarpasic, pianiste virtuose, Glenn Ferris, tromboniste cinglant, sans oublier le clarinettiste et saxophoniste Sébastien Texier, qui est... qui est aussi bon que son père.

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Charles Mingus est à l'honneur. Enfin! Le dernier numéro de Jazz Magazine consacre en effet tout un dossier à celui qui est pour nous le géant des géants. Mingus la colère, Mingus le compositeur amoureux de Duke Ellington, Mingus le contrebassiste virtuose, tout y est. Ou presque.