Festival de la chanson de Tadoussac - Foi d'un chanteur suisse

Le chanteur suisse K, de son vrai nom Nicolas Michel. «Les mots ont un pouvoir créateur. Mes chansons, elles sont ma manière de donner un sens à ma vie, la manière dont j’ai envie que la vie se comporte.»
Photo: Le chanteur suisse K, de son vrai nom Nicolas Michel. «Les mots ont un pouvoir créateur. Mes chansons, elles sont ma manière de donner un sens à ma vie, la manière dont j’ai envie que la vie se comporte.»

Québec — Après -M- et Arthur H, voilà K. Vous ne le connaissez pas encore, mais ça ne tardera pas. Après un saut à Québec, K s'arrête ce week-end au Festival de Tadoussac avec, dans ses valises, la confiance de l'industrie, un tube en puissance et une foi inébranlable.

Il y a de ces indices qui ne trompent pas. La programmatrice de Tadoussac, Catherine Marck, nous en avait parlé comme d'un héritier de Jacques Brel. Pendant ce temps à Montréal, la machine Spectra déroulait le tapis rouge et planifiait déjà sa tournée québécoise en novembre. Tout ça pour un chanteur quasi méconnu qui vient à peine de lancer son premier album à l'extérieur de la Suisse. C'est ce qu'on appelle avoir confiance...

Il faut dire que la chanson-titre de son album L'Amour dans la rue, est un succès quasi assuré. Un texte déchirant et senti, porté par une voix cassée juste comme il faut (on pense à Mano Solo, Bertrand Cantat). Le tout campé dans le confort du vieux Paris. «Je voudrais faire l'amour avec toi / Je voudrais m'emmêler dans tes bras / Je voudrais me saouler à ta joie / Je voudrais faire la paix avec moi [...]». Rage, accordéon, crescendo, touché!

Au téléphone, K nous explique que la chanson a été écrite en deux temps et qu'elle fait la synthèse de deux grandes étapes dans sa vie. «La première partie a été écrite avant que je lance mon projet musical, à l'époque où je voulais être comédien, où je vivais une remise en question assez importante. Puis j'ai réalisé que ce que je mettais dans les chansons avait un impact créatif sur la manière dont j'envisageais la vie, alors j'ai réécrit la chanson. Au départ, elle raconte l'histoire de quelqu'un qui est frustré par ce qu'il n'a pas, puis finalement, en se laissant être, il réalise qu'il a tout ce dont il a besoin.»

Originaire de Lausanne, K (Nicolas Michel de son vrai nom) a longtemps hésité entre le théâtre et la chanson (assez pour étudier l'art dramatique à l'École nationale du théâtre de Chaillot à Paris). En attendant, il a cumulé les petits boulots: professeur de théâtre pour enfants, gardien de nuit dans une résidence d'handicapés, professeur de français en prison, etc. Des expériences imprimées dans des chansons idéalistes et un brin naïves comme L'Émigré, Le Flicard ou encore Le Vieux Monsieur. Des pièces qui, toutes, tranchent avec l'autodérision au goût du jour. Que ce soit clair, K ne navigue pas dans les mêmes eaux que les -M- et Arthur H susmentionnés, et il ne faudrait surtout pas le confondre avec Philippe Katerine...

Résolument personnel, son album donne en outre beaucoup de place à la famille. Tout simplement parce que c'est là que tout a commencé, explique le jeune trentenaire qui a fait ses débuts dans les anniversaires et les fêtes de famille. «Tout petit, je voulais être chanteur. Par contre, je n'ai jamais voulu prendre de cours, j'ai toujours fait du piano de manière autodidacte, parfois pendant plusieurs heures par jour. Mais sans jamais prendre de cours parce que je voulais un espace de liberté, ça a toujours été de manière autodidacte.»

C'est le petit neveu qui a trouvé son nom d'artiste en 2003. Son groupe venait de se saborder et il fallait trouver un nom de scène solo. Incapable de dire «Nicolas», le bébé pointait le disque en répétant «K». Le nom est resté.

La Suisse le surveille depuis un moment. «Plus que son salut, K a trouvé en la chanson sa voie. Tant mieux», écrivait dès 2005 Le Temps de Genève. Les honneurs ont suivi dont le «Bravo des pros» au Festival de Montauban en 2006. C'est là d'ailleurs que Brigitte Matte, future directrice de Spectra-Scène, l'a remarqué.

Un succès que le principal intéressé attribue à une sorte de «foi» en lui-même et en la vie. «Je crois que c'est important d'être conscient du pouvoir des mots. Les mots ont un pouvoir créateur. Mes chansons, elles sont ma manière de donner un sens à ma vie, la manière dont j'ai envie que la vie se comporte.» Ne reste plus au public québécois qu'à se convertir.

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Ce soir et demain à 21h30 à Tadoussac