Joshua Redman, Wynton Marsalis, Dhafer Youssef, David Torn - Fraîcheur et bidouillage

Il y a le trio qu'on qualifie de «classique» parce qu'il est le plus courant: le piano flanqué d'une contrebasse et d'une batterie. Il y a aussi le moins courant, celui où la guitare remplace la batterie. Et il y a le rare, l'ovni du jazz, soit le saxophone entouré des instruments que l'on sait. À ce jeu très risqué peu s'étant frottés, la Freedom Suite de Sonny Rollins demeure l'étalon du genre, le Tango In Harlem de Teddy Edwards étant exemplaire par sa sensualité. Le troisième? Joshua Redman.

Au Théâtre Maisonneuve, ce musicien de la clarté est venu décliner certains pans de son dernier album Back East. Il était accompagné de Reuben Rogers à la contrebasse et d'Antonio Sanchez à la batterie. D'entrée, il a capté l'attention par son souci évident d'afficher sa personnalité ou sa préférence, soit, on le répète, la clarté. Sa première note, il l'a conjuguée avec fluidité, fraîcheur.

Jamais il n'est lourd. Jamais il ne se prend la tête. En clair? Pas une once de spleen, de questionnement sans fin. Il est assez sûr de lui, sans l'ombre d'une prétention, pour affirmer avec conviction son propos. Ça coule, ça virevolte. Parfois, c'est trop bavard. Mais pas assez, toutefois, pour gâcher le plaisir.

De quelques années son aîné, Wynton Marsalis est venu présenter sa nouvelle production, Congo Square, en compagnie du Lincoln Center Music Orchestra et de percussionnistes ghanéens. Qui dit Congo Square, dit évidemment le début du jazz, son origine, son lieu de naissance.

En un mot, Wynton Marsalis s'est appliqué à mettre en relief les styles divers qui, une fois malaxés, ont accouché du jazz. Congo Square, il faut bien le souligner, était ce lieu de La Nouvelle-Orléans vers lequel convergeaient les fanfares, les groupes, les bandes de musiciens, au début du siècle dernier. On l'aura compris, c'est cela que Marsalis a mis en scène. Avec des arrangements qu'auraient certainement appréciés Duke Ellington, Marsalis, le chef d'orchestre plus que le trompettiste, a rempli son contrat. Et ce, avec grandeur. C'était riche, rempli, dense.

Au Gesù, le joueur d'oud Dhafer Youssef s'est présenté en compagnie d'un quatuor à cordes et d'un percussionniste d'origine indienne, Jatinder Thakur. On était donc en compagnie d'un Tunisien, de violonistes et d'une violoncelliste domiciliées à Vienne et d'un Indien. C'était bien joli, bien beau. C'était surtout dépaysant. Mais un peu trop «nouvel âge» à notre goût. Remarquez, pour être honnête, on n'a pas le centième des connaissances qu'a sur les musiques du monde notre collègue Yves Bernard.

Toujours au Gesù, on a vu, plus qu'entendu, le guitariste David Torn. À ses côtés la fine fleur de l'avant-garde new-yorkaise: Tim Berne au saxo, Craig Taborn aux claviers et Tom Rainey à la batterie. Alors pourquoi «plus vu qu'entendu»? Parce qu'on n'a rien compris. Remarquez (bis), étant propriétaire de trois neurones à peine, on ne sait pas s'il fallait comprendre.

Toujours est-il qu'on a été désarçonné par ce que les jeunes appellent, si on a bien saisi, le bidouillage. Pour bidouiller, ces lascars ont bidouillé amplement. Ce n'était pas... comment dire? Petit rosé qu'on déguste entre deux rigolades. CQFD: on a quitté le lieu en quatrième vitesse.