Andy Palacio: la survie d'une culture

Premier à avoir regroupé les meilleurs musiciens des communautés garifunas du Belize, du Guatemala et du Honduras, le chanteur-guitariste Andy Palacio a fait paraître Watina, l'un des meilleurs disques afro de l'année. Attention, découverte majeure!

Oui, un disque afro parce que la syncope joyeusement chaloupée, la rythmique doucement hypnotiques et les inflexions de cette voix profonde rappellent le plus beau de la musique acoustique de l'Afrique lusophone, entre la mélancolie et la cadence plus emportée, entre Cesaria et Bonga. Mais il y a l'accent de l'idiome, si singulier avec ce quelque chose de guttural. «Si nous descendons des africains, notre langue fait partie de la famille amérindienne arawak», résume Palacio.

Naufragés sur les côtes de l'Île de Saint-Vincent au XVIIe siècle, secourus par les Arawaks avec lesquels ils ont combattu l'esclavage contre les Anglais, rejoints ensuite par des marrons en fuite, les Garifunas, qui se sont plus tard associés aux Français, furent finalement vaincus avant d'êtres confinés sur l'île déserte de Baliceaux dans les Grenadines, puis déportés sur les côtes d'Amérique centrale. «Aujourd'hui, notre langue est de moins en moins parlée par la jeune génération. Cela vient du changement de vie puisque notre culture rurale est absorbée par le système d'éducation de la ville», relate Palacio.

Mais tout n'est pas perdu. Après avoir fait régner pendant 20 ans le punta rock, musique de danse garifuna devenue emblème bélizien, l'artiste prend du recul avec le caractère le plus commercial de sa culture. «Je voulais creuser davantage les racines et ne pas limiter notre expression.» Influences latines du paranda, références aux rituels de guérison, voisinages avec le son caraïbe, insertion de la guitare acoustique, le créateur est parvenu à créer la plus envoûtante des musiques. «Récemment, nous avons obtenu à Belize, une reconnaissance sans précédent. Cela est de bon augure, d'autant plus qu'en 2001 l'Unesco a proclamé notre culture, chef-d'oeuvre du patrimoine oral de l'humanité.»

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- Andy Palacio & The Garifuna Collective, le 4 juillet au Parc des Festivals

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Collaborateur du Devoir