18es FrancoFolies de Montréal - Nous sommes tous des robots

Authentique excentrique ou esbroufeur de profession? Bien malin qui pourra le dire. Philippe Katerine, comme son nom l'indique, est un drôle de dandy-chanteur à deux têtes, à personnalités multiples. Caméléon des genres musicaux qui ne se fond jamais vraiment dans le décor, le plus pété des artistes de la chanson française fait dans l'électro avec son dernier album, Robots après tout, mais s'empresse de déjouer les attentes des festivaliers en débarquant aux FrancoFolies de Montréal cette semaine avec «une espèce de groupe de rock un peu sauvage» de cinq musiciens, promet-il.

Après avoir créé un album entier tout seul avec ses machines, son groovebox, pour «changer complètement de formule», voici que l'auteur-compositeur-interprète rappelle les humains en renfort. «Comme on passe des machines à des êtres humains qui jouent, ça change tout, souligne l'artiste, insaisissable, à propos de son spectacle, actuellement en tournée à Marseille. Il y a quelque chose de plus libre et de plus enthousiasmant, le son est différent, ça va plus vite, c'est énergique. Ce sont les mêmes chansons, mais jouées avec des instruments électriques.»

Le subterfuge, dont il se fait une spécialité, colle pourtant tout à fait à l'univers de ce dernier opus. Robots après tout, clin d'oeil à Human After All de Daft Punk, c'est tout à la fois la critique, la satire et l'éloge jouissive de cette humanité qui roule à plein régime comme des automates, voyeuse et surveillée. Katerine ne rejette pas ce monde, il proteste avec un grand oui. Les robots, ce sont les autres et nous aussi.

«La société surquantisée, surveillée... on est en plein dedans, note-t-il. Et tous ces numéros qui nous rattachent à des identités... En même temps, si on ne les avait pas, ça me ferait un peu flipper.» Son disque aborde «le problème d'être là-dedans, le dégoût et la joie d'y être aussi».

Imprévisible, insaisissable, ce Katerine, même en entrevue, glisse entre nos questions. Un moment, on croit qu'on le tient, ça y est, ce doit être le vrai Philippe. Et l'instant suivant, c'est Katerine qui reprend le dessus. Le sérieux et la dérision se disputent férocement le cerveau de cette curieuse créature. Vit-il comme ses chansons ou celles-ci le sortent-il de lui-même?

«Je vis comme mes chansons puisqu'elles viennent de moi et il y a plusieurs chansons prémonitoires, que je vis après, répond-il. Il cite Le Train de 19h, Marine Lepen (20-04-2005), cette grande blonde qu'il suit, concupiscent, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il s'agit de «quelqu'un de très effrayant».

La jubilante Louxor Jadore dit la pure vérité puisqu'il «adore danser», confie-t-il. La preuve en est faite avec le nouveau spectacle qu'il signe avec la chorégraphe française Mathilde Monnier. Les danseurs de la compagnie, aperçus dans la chorégraphie télévisée Déroute, lui ont d'ailleurs inspiré sa chanson Êtres humains. «Je me suis dit: qu'est-ce que pourraient chanter ces danseurs, cette espèce de secte dansante?», raconte-t-il. La réponse se révèle un curieux objet qui mêle l'érotisme, l'aventure, le film d'horreur, le kitsch, dans lequel il danse, où les danseurs chantent. Chacun va dans un territoire nouveau et ça provoque des choses intéressantes.

Acteur aussi à ses heures — on le voyait récemment dans Peindre ou faire l'amour —, Philippe Katerine assume pleinement son époque multiforme et contrastée, s'abreuvant autant de Star Academy que de danse contemporaine. «Tout ce que je fais me nourrit: le cinéma, des dessins que je fais, une conversation avec des amis, ce que je bois, ce que je mange, ce que je fume, tout est absolument intégré dans mon travail sans aucune hiérarchie.»

Il parle avec un plaisir presque pervers de la télé-réalité, une de ses passions. Dans Star Academy, qu'il regarde régulièrement, «on montre toute l'ignominie du système, c'est plutôt instructif. Le programme est issu de cerveaux assez mesquins et sophistiqués. Et on se rend compte qu'on peut aimer les gens même si on déteste ce qu'ils chantent».

De la chanson «atroce» qui sort de Star Academy à celle réactionnaire de la plupart des artistes actuels, Katerine a peu d'éloges à faire sur la nouvelle chanson française, à part quelques originaux qui inventent. Le rap français le ravit plutôt. Peut-être est-ce là qu'on le trouvera lors de son prochain album. Après le dandy, le travesti, l'homme vrai, l'homme nu, l'humanoïde en rose, Katerine le rappeur? Mais comme toujours, il préfère cultiver l'ambiguïté. «L'électro, c'est une étape, je ne sais pas du tout où je vais après... »

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Katerine, le 15 juin au Spectrum