L’heure de la relance a sonné chez CIBL

À l’avant, Amélie Moncelet, directrice générale de la station, avec son équipe composée d’Amel Niboucha (à gauche), d’Elise Thompson (au centre à l’arrière) et de Maurice Bolduc (à droite)
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À l’avant, Amélie Moncelet, directrice générale de la station, avec son équipe composée d’Amel Niboucha (à gauche), d’Elise Thompson (au centre à l’arrière) et de Maurice Bolduc (à droite)

Trois ans après la mise à pied de tous ses employés en raison d’une crise financière, la radio montréalaise communautaire CIBL commence enfin à voir la lumière au bout du tunnel. Les embauches s’enchaînent depuis quelques mois dans le but de reformer une équipe et de lancer de nouveaux projets pour l’automne.

« Aujourd’hui, ce qui est très enthousiasmant, c’est qu’on est dans la dernière ligne droite du redressement financier. On a réglé nos dettes importantes et on va régler celles qui restent, qui sont loin d’être handicapantes. […] On est même déjà en relance. On a mis en place une nouvelle équipe, petite, mais passionnée », se réjouit Amélie Moncelet, qui occupe depuis novembre le poste de directrice générale de la station.

En plus de son poste, quatre autres ont été pourvus dans les derniers mois :  un responsable logistique, une adjointe administrative, une coordonnatrice à la programmation et une coordonnatrice aux communications. L’équipe prend forme progressivement et compte bien continuer à s’agrandir.

« Ça fait du bien. Ça permet de commencer à faire des projets, à les développer, à se projeter à plus long terme », ajoute Mme Moncelet.

Rebondir

Il faut dire que la radio située au 2-22, rue Sainte-Catherine à l’angle du boulevard Saint-Laurent a vécu des moments difficiles ces dernières années. Avec des coffres à sec et une dette de plus de 100 000 $ envers le syndicat de copropriétaires du 2-22, elle a mis à pied ses treize employés en janvier 2018. Un choix « très difficile, mais responsable », avait alors expliqué le président du conseil d’administration (CA) de l’époque, Thierry Holdrinet.

Pendant plusieurs mois, les ondes du 101,5 FM ont été privées de toute présence humaine et étaient presque uniquement musicales. Tranquillement, des émissions ont été remises au programme ce qui a permis à la station de reprendre vie, à son rythme.

On a mis en place une nouvelle équipe, petite, mais passionnée

 

Aux yeux de l’actuelle directrice générale, CIBL n’aurait jamais pu se relever sans la « résilience » et le « grand dévouement » de ses bénévoles — tant ses artisans que les membres du CA — qui ont « porté la station à bout de bras ».

Dès la fin de 2018, on comptait une quarantaine d’émissions en ondes, comparé à 77 diffusées avant la crise. Au début de 2020, la station se félicitait d’être sur le bon chemin, affichant un léger déficit de 7800 $ pour l’année précédente. Mais tandis que la reconstruction financière allait bon train, la pandémie a frappé quelques mois plus tard, ajoutant son lot de difficultés.

« Ça n’a pas été facile. On n’a pas eu accès aux studios pendant longtemps. Il a fallu se réorganiser pour que les artisans enregistrent leur émission à la maison. Mais les gens n’ont pas nécessairement le matériel qu’il faut ni le temps. Car ça prend plus de temps de faire une émission enregistrée et son montage comparé à une émission en direct », explique Amélie Moncelet. Plusieurs ont même baissé les bras, et la radio a perdu près de la moitié de ses émissions au début de la pandémie.

La première phase de réintégration des studios début février a au moins permis de redonner un élan à la radio communautaire. « La bonne nouvelle, c’est qu’on va pouvoir rouvrir entièrement les studios à tous dans les prochaines semaines », précise-t-elle, confiante dans le fait de voir la station revivre de beaux jours prochainement.

Et puis financièrement, la situation se stabilise. La campagne publicitaire du gouvernement du Québec pour inciter la population à respecter les mesures sanitaires a donné un sérieux coup de pouce à la station. « On vise un surplus de 225 000 $ cette année [2020-2021], donc ça réduit de beaucoup la dette. »

La location de certains locaux du 2-22 ainsi que des studios de CIBL — de façon ponctuelle — permet également d’éponger la dette.

Des projets plein la tête

« C’est excitant de participer à la relance et de voir comment la station va reprendre sa place », poursuit la directrice générale. L’équipe déborde d’idées et a déjà mis en branle plusieurs projets pour l’automne.

Trois autres postes sont justement à pourvoir, dont celui d’animateur-réalisateur dans le but de mettre sur pied, dès cet automne, une émission matinale d’information. « Le projet n’est pas confirmé, car pour une première année, on est tributaires d’une subvention qu’on a demandée au Fonds canadien de la radio communautaire pour lancer cette matinale. Mais on sent bien que ça va se faire. » Pas moins de 24 personnes ont d’ailleurs déposé leur candidature dans l’espoir de devenir le prochain matinalier (morning man) ou la prochaine matinalière (morning woman) de CIBL.

Pour se démarquer, la station compte ainsi miser sur des informations locales qui passent parfois sous le radar. En plus des actualités montréalaises générales, ce sera l’occasion de parler de territoires spécifiques de la métropole en rassemblant ceux qui partagent une même réalité ou des enjeux communs.

Et à l’heure du retour à la maison, des émissions culturelles traitant chaque jour de disciplines différentes seront diffusées sur les ondes.

« Pour la suite, on va voir comment on peut le mieux possible donner la parole à la communauté et mettre en valeur des voix audacieuses, culturelles, communautaires. […] Ce chemin, on l’a fait en consultation avec les membres, et l’auditoire va aussi y contribuer. »

À voir en vidéo