Plus de la moitié des Canadiens vérifient l’information

Plus de la moitié, soit 58%, a ainsi pris l’habitude de vérifier souvent (37%), voire systématiquement (21%), l’exactitude des informations, en consultant d’autres sources ou en s’informant sur la crédibilité de l’auteur et de la source.
Photo: iStock Plus de la moitié, soit 58%, a ainsi pris l’habitude de vérifier souvent (37%), voire systématiquement (21%), l’exactitude des informations, en consultant d’autres sources ou en s’informant sur la crédibilité de l’auteur et de la source.

Devant l’abondance d’informations qui circulent sur la COVID-19, plus de la moitié des Canadiens ont développé le réflexe de les vérifier pour ne pas se laisser surprendre par de fausses nouvelles. Ils sont toutefois un sur deux à partager des informations sans en connaître l’exactitude.

C’est ce qui ressort d’une enquête menée en ligne par Statistiques Canada en juillet, s’intéressant à la façon dont les Canadiens s’informent et partagent les nouvelles consultées sur Internet au sujet de la COVID-19.

De façon générale, les Canadiens ont vite pris conscience que tout ce qu’ils lisent n’est pas forcément véridique. Ils ne sont pas moins de 96 % à avoir vu passer à un moment ou un autre des informations qu’ils ont soupçonné être trompeuses, fausses ou inexactes.

Plus de la moitié, soit 58 %, a ainsi pris l’habitude de vérifier souvent (37 %), voire systématiquement (21 %), l’exactitude des informations, en consultant d’autres sources ou en s’informant sur la crédibilité de l’auteur et de la source. Environ 36 % ont répondu le faire parfois ou rarement. Parmi les 6 % restants qui n’ont jamais vérifié la véracité d’une nouvelle, la moitié s’est justifiée en disant faire entièrement confiance à la source, tandis que les autres n’avaient pas pensé à vérifier, ne se souciaient pas de le faire, ne savaient pas comment le faire ou n’en avaient pas eu le temps.

« C’est encourageant de voir que plus de la moitié des Canadiens sont prudents et ont pris l’habitude de vérifier les informations qu’ils voient sur Internet. Ça montre qu’ils ont une bonne hygiène numérique. Ça me rassure, en fait », commente Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’UQAM.

Confiance

« Pendant la première vague, au printemps, les gens faisaient beaucoup confiance aux autorités publiques et aux médias. Il y a aussi eu des campagnes pour avertir les citoyens de [la nécessité de] bien s’informer et de ne pas tout partager. On peut penser que ça a trouvé écho dans la population en voyant ces chiffres », renchérit Colette Brin, professeure de journalisme à l’Université Laval et directrice du Centre d’études sur les médias. Mais elle se demande si les gens ont maintenu cette habitude et s’ils n’ont pas baissé la garde en se laissant emporter par la fatigue de la deuxième vague. « En même temps, est-ce vraiment réaliste de s’attendre à ce que chacun ait le réflexe et prenne le temps de vérifier chaque information ? J’en doute. »

Il n’en reste pas moins que partager des informations non vérifiées peut avoir des conséquences importantes si elles se révèlent inexactes. « La désinformation dans le contexte de la COVID-19 peut mettre en danger la santé de la population, en particulier lorsque les nouvelles répandues portent sur de fausses mesures préventives, de faux traitements ou ébranlent la confiance de la population envers les services de santé et les institutions publiques et politiques », notent les autrices de l’enquête.

Celle-ci révèle d’ailleurs qu’au cours des quatre premiers mois de la pandémie, un peu plus de la moitié des Canadiens (53 %) ont partagé de l’information sur la COVID-19 sans en connaître l’exactitude. Un comportement plus fréquent chez les Canadiens âgés de 55 ans et plus, ainsi que chez les personnes ayant uniquement un diplôme d’études secondaires ou moins.

« Ça montre qu’il reste du travail à faire pour éduquer les gens à bien s’informer. Avec les réseaux sociaux, le public a entre les mains le pouvoir de partager de l’information, mais ça vient avec une responsabilité et le risque de contribuer à la désinformation », note Jean-Hugues Roy.

Cette éducation passe par l’école auprès des plus jeunes, mais aussi par les médias qui luttent activement contre la désinformation. Les grosses pointures comme Facebook, Twitter ou encore YouTube ont également leur rôle à jouer, selon lui, et devraient en faire davantage pour traquer la désinformation et protéger le public.

Il donne en exemple Radio-Canada, L’actualité ou encore l’Agence Science-Presse qui ont des équipes entières pour traquer les fausses informations. « Tous les médias n’ont malheureusement pas les moyens de le faire. Ça, c’est un autre problème, celui du manque de financement de la part des gouvernements qui pourraient pourtant nous donner des armes dans cette lutte [contre] la désinformation », poursuit-il.