«La Presse» perd Éric Trottier, le grand patron de sa rédaction

Photo: Guillaume Levasseur Archives Le Devoir

Éric Trottier, vice-président et éditeur adjoint, quittera en janvier prochain La Presse. Après plus de 30 ans à œuvrer au sein du quotidien, où il a guidé le grand virage numérique vers La Presse +, M. Trottier estime qu’il est temps « de voir quel genre d’homme [il est] à l’extérieur de [son] rôle de patron de la salle de rédaction de La Presse ».

Car voilà 17 ans qu’il dirige cette salle, en tant que directeur principal de l’information. Le journalisme et sa direction sont, selon lui, des jobs « de passion », a-t-il dit dans un entretien avec Le Devoir, « où tu interviens constamment : le soir, les fins de semaine, en vacances ». « J’ai 55 ans : j’ai le goût de connaître autre chose. Qu’est-ce que je peux être, qu’est-ce que je peux faire en dehors de cette boîte à laquelle je suis si attaché, et à laquelle on m’identifie tellement ? Si je ne quitte pas [La Presse] pour essayer, à 60 ans il va être trop tard. C’est maintenant ou jamais. » M. Trottier assure ne rien avoir devant lui, sinon le désir de profiter de quatre à six mois de répit. « Après, je vais être ouvert à toutes sortes de propositions », ajoute-t-il.

Patrick White, professeur à l’École des médias de l’UQAM, estime qu’Éric Trottier laisse un legs clair à La Presse. Il aura effectué le grand virage numérique vers La Presse+ ; du côté de la rédaction, il a monté une équipe de journalistes d’enquête, mais aussi instauré en 2008 le Guide des normes journalistiques. « C’est dur aujourd’hui de croire que ça n’existait pas avant. C’est ce qui a encadré le travail des journalistes sur l’utilisation des sources anonymes. Aujourd’hui, il n’y a presque plus de poursuite contre La Presse, ce qui est contraire à notre époque. »

Le professeur souligne aussi que M. Trottier a participé à la réforme du Conseil de presse. Il a aussi organisé régulièrement « des lunchs entre rédacteurs en chef des grands médias du Québec pour mettre fin aux silos. La concurrence restera toujours, mais les médias ont aussi des enjeux similaires. Il a créé des ponts. »

Préserver l’institution

C’est par un courriel détaillé qu’Éric Trottier a annoncé son départ à son équipe mercredi. « Je quitterai La Presse à la fin de l’année avec la certitude que notre entreprise est maintenant sur la voie du retour aux beaux jours », y lit-on. « Il est temps de remplacer le “gros boss” par quelqu’un de plus jeune, avec de nouvelles idées », ajoute-t-il.

Le président de La Presse, Pierre-Elliott Levasseur, a tenu à souligner l’engagement au long cours d’Éric Trottier. « On est heureux des transformations réalisées au cours des dernières années. On voit que notre lectorat sur toutes les plateformes est en forte augmentation. La marque La Presse rayonne fortement aujourd’hui, et c’est un des héritages d’Éric. » La Presse annoncera d’ailleurs en janvier prochain un retour à la rentabilité, selon des informations obtenues par Le Devoir.

Il est temps de remplacer le gros "boss" par quelqu’un de plus jeune, avec de nouvelles idées

 

Le changement forcé par le départ de M. Trottier entraînera-t-il La Presse vers une nouvelle incarnation du visage de sa rédaction, ou vers une transformation dans sa direction ? « Les choses fonctionnent bien pour nous, on ne cherche pas nécessairement à complètement changer la façon de faire. Dire que, parce que quelqu’un est plus jeune, est un homme, est une femme, est issu d’une minorité ethnique ou pas, tsé, ce n’est pas ça. La personne va apporter ce que la personne apporte. Mais il y a un encadrement, un brand, une marque, une façon de faire qui est institutionnelle chez nous. On a besoin de quelqu’un qui va bien cadrer dans l’institution qu’est La Presse. C’est ça, le plus important pour moi. »

La présidente du Syndicat des travailleurs de l’information, Janie Gosselin, a mentionné qu’Éric Trottier est « quelqu’un qui a laissé une marque. On espère que la personne qui va lui succéder va avoir autant à cœur la mission d’information de La Presse ».

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