Démission de la d.g. sur fond de tensions à la FPJQ

Dans un contexte visiblement tendu, la directrice générale de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Catherine Lafrance, a démissionné de son poste, qu’elle occupait depuis trois ans. Un rapport de l’Institut sur la gouvernance d’organisations publiques et privées (IGOPP) a par ailleurs soulevé des failles dans la gouvernance de la FPJQ.

« Nous sommes présentement en discussion afin de souligner sa contribution ainsi que pour mettre en place un processus de transition ordonné et efficace. Pour le reste, le conseil d’administration est actif afin de prendre les mesures nécessaires pour le bien de la fédération et de ses membres », a déclaré par courriel le président de la FPJQ, M. Nguyen, par courriel.

Jointe au téléphone, Catherine Lafrance a confirmé sa démission. Ni elle ni le président n’ont voulu répondre à nos questions, car les instances de la FPJQ sont « en train de finaliser les détails de son départ », notamment d’un point de vue financier.

Mme Lafrance a remis sa lettre de départ la semaine dernière, a-t-on appris. Cette démission se serait faite à contrecœur. La d.g. souhaitait d’ailleurs dans sa missive interne que son départ « se fasse de façon civilisée ».

« Congédiement déguisé »

Mme Lafrance, qui a fait carrière comme journaliste à la télévision à Radio-Canada et à TVA, voit dans cette affaire un « congédiement déguisé et du harcèlement psychologique », selon les mots de sa lettre de démission. Elle y évoque de récents échanges « particulièrement humiliants » avec le président de la FPJQ. Elle dénonce des « insinuations sur [son] honnêteté » et se dit heurtée de se faire traiter « comme si [elle était] une voleuse ».

Deux voix anonymes bien au fait du dossier ont plutôt évoqué une approche peu flexible de la part de Mme Lafrance ainsi que d’importantes lacunes dans sa reddition de compte des finances de la FPJQ.

Pourtant, la toute récente évaluation interne de la directrice générale notait que cette dernière « surpasse les attentes » quant à la gestion du budget. On peut y lire que l’employée « montre une préoccupation constante pour les finances de la FPJQ, particulièrement en temps de crise » et qu’il y a eu un « gros travail pour la reddition de compte pour les subventions ». L’évaluation mentionne une relation difficile avec le président, qui lui reproche notamment un refus de travailler avec certains administrateurs.

L’ancien président de la FPJQ, Stéphane Giroux, a pour sa part dit ne pas être surpris de cette histoire autour du cas de Catherine Lafrance. Les deux ont travaillé ensemble pendant presque deux ans. « Elle avait une attitude à mes yeux incompatible avec les valeurs, la direction et le style de gestion de la FPJQ. Je n’avais rien contre l’individu comme tel, mais vers la fin de mon mandat, on était radicalement opposés, et elle était très centralisatrice. »

Gouvernance

Ce branle-bas se produit aussi quelques semaines après que la FPJQ a fait l’objet d’un rapport de l’IGOPP, dont Le Devoir a obtenu copie. On y mentionne notamment un « cadre de gouvernance défaillant » et une « perte du lien de confiance entre le conseil d’administration et la direction générale ».

Michel Nadeau, de l’IGOPP, a procédé à des entretiens avec Mme Lafrance, M. Giroux et quelques administrateurs ainsi qu’à un sondage auprès des membres du CA. On peut lire dans le diagnostic que la majorité des répondants est « plutôt ou totalement en désaccord » lorsqu’on leur demande si la collaboration entre le conseil d’administration et la directrice générale est franche et ouverte.

Le rapport déposé en août recommande aussi une refonte de la nomination du conseil d’administration et précise aussi que « la FPJQ devrait faire en sorte que le comité exécutif soit aboli », ajoutant que la Fédération devrait plutôt instaurer un comité de gouvernance et un comité d’audit. L’exécutif est en ce moment formé du président, Michaël Nguyen, du vice-président, Jean-Thomas Léveillé, et de la secrétaire-trésorière, Valérie Gaudreau. Les états financiers de la FPJQ sont par ailleurs publiés sur son site Web.

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