Collaborer contre la désinformation aux élections

La notion de collaboration — médiatique et gouvernementale — apparaît comme une piste de solution efficace contre la désinformation et les menaces étrangères sur le processus électoral.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La notion de collaboration — médiatique et gouvernementale — apparaît comme une piste de solution efficace contre la désinformation et les menaces étrangères sur le processus électoral.

À quelques mois des élections fédérales au Canada, la notion de collaboration — médiatique et gouvernementale — apparaît comme une piste de solution efficace contre la désinformation et les menaces étrangères sur le processus électoral. C’est ce qui est ressorti d’une discussion tenue jeudi soir entre un représentant de l’Agence France-Presse et le patron d’Élections Canada.

Dans le cadre d’une causerie de la Fondation pour le journalisme canadien, Grégoire Lemarchand, rédacteur en chef adjoint et directeur des réseaux sociaux à l’Agence France-Presse, est venu expliquer l’expérience française CrossCheck, qui a rassemblé 37 médias de l’Hexagone pour faire de la vérification des faits pendant les onze semaines précédant la dernière présidentielle française.

Cette coalition, menée avec l’appui des gros joueurs Google et Facebook, a livré un total de 67 articles qui déboulonnaient des mythes qui circulaient dans les différentes sphères médiatiques. « Mais ce n’était absolument pas naturel de travailler ensemble », confie d’emblée M. Lemarchand, les différents joueurs étant habitués à être en compétition au jour le jour.

Mais l’union a fait la force, en quelque sorte, selon ce patron de l’agence de presse, qui en tant qu’entité assez neutre a « fait office de rédacteur en chef » de CrossCheck. « Chacun apportait son expertise. Nous, on est forts en décryptage d’images, d’autres étaient plus forts dans les discours politiques. Chacun a apporté sa pierre. Et ce qui est intéressant, c’est que ça a prouvé qu’on pouvait travailler ensemble. On a parlé de “coopétition”. »

Selon M. Lemarchand, la désinformation est quelque chose que les journalistes « se prennent comme un tsunami », et « si on veut gagner des batailles, il faut y aller de manière unie. On était souvent des entreprises privées, mais il y avait la sensation de faire oeuvre de service public ».

Au coeur du travail de CrossCheck se sont retrouvées beaucoup de désinformations autour d’Emmanuel Macron. Ce qui pouvait donner aux membres de la coalition « l’impression qu’on travaillait pour lui ». Et au Canada, croit M. Lemarchand, il y aura certainement cette même impression avec Justin Trudeau.

Cette idée de collaboration a aussi fait son chemin chez Élections Canada, a raconté Stéphane Perreault, directeur général des élections. « Il n’y a pas une seule entité qui peut répondre à cette problématique » de la désinformation.

« C’est en train de se formuler, ça reflète une vision saine, qu’une élection, ça demande une vision collective, croit M. Perrault. Ce n’est pas juste Élections Canada ou les médias, c’est tout le monde. »

Si son mandat se résume beaucoup à la qualité du processus électoral et non pas aux contenus sur les réseaux sociaux, M. Perrault a expliqué qu’Élections Canada et un comité de cinq hauts fonctionnaires travaillent ensemble à établir certains scénarios et trouver les meilleures actions à mettre en oeuvre pour protéger l’intégrité de l’élection du mois d’octobre.

« Des échanges d’informations [se font] entre les gens des agences de sécurité, Élections Canada et les agences de renseignement. »

M. Perrault avoue que l’élection canadienne se produit après d’autres scrutins controversés dans le monde, comme le Brexit et l’élection de Trump, et que le Canada « a les moyens d’assurer la résilience du système. Mais ce serait naïf de ne pas s’en occuper ».