Naissance du robot-reporter

L’Associated Press, une des plus grandes agences de presse au monde, commence ce mois-ci à tester des robots pour écrire les textes concernant l’évolution des résultats financiers des entreprises américaines. L’Agence automatise la production des tableaux de résultats sportifs depuis des années.

 

La nouvelle robotisation, mise au point par la compagnie Automated Insights, devrait permettre de décupler le nombre d’articles spécialisés produits annuellement par l’AP. L’agence pense ainsi pouvoir économiser des ressources humaines et financières qui seront détournées vers des travaux moins répétitifs, plus créatifs et finalement plus profitables.

 

Les robots doivent fournir environ 4400 petits textes en une année. Ses reporters de chair et d’os en pondaient moins d’un par jour, soit à peu près 300.

 

Les machines prennent beaucoup moins de temps que les humains pour écrire un article court de 300 mots ou moins. Elles peuvent produire jusqu’à dix articles à la seconde. Le résultat, en anglais, s’avère assez proche des productions humaines, dans le respect du style agencier favorisant la plus grande neutralité factuelle.

 

Les textes générés par algorithmes sont vérifiés par des employés avant leur diffusion. Ils restent cependant signés par les machines, en fait par Zacks, la compagnie qui fournit les données boursières. Si le projet s’avère concluant, l’AP envisage d’étendre la production à la couverture d’autres cotes de la Bourse dans le monde.

 

D’autres médias emploient déjà des programmes plus ou moins semblables. Le Los Angeles Times utilise depuis quelques mois un programme capable d’écrire des comptes-rendus très simples sur l’activité sismique de la côte ouest. Les productions simplissimes utilisent des données fournies par un centre fédéral de surveillance des tremblements de terre.

 

Le quotidien se sert aussi d’un robot pour filtrer les informations sur les arrestations par la police. Dans ce cas, les machines aident à identifier d’éventuelles personnes célèbres et les infractions les plus graves, évaluées sur la base des cautions exigées aux présumés contrevenants. Les algorithmes ne font que rédiger une ligne, une amorce froide de texte, que les reporters peuvent ensuite juger et enrichir.

 

Reste à savoir si un jour les machines pourront faire mieux, mieux que les journalistes même, en produisant des textes nécessitant jugement, réflexion et critique, de la valeur ajoutée, quoi. Le fondateur de Narrative Science, chef de file du secteur, prédisait en 2012 que d’ici 20 ans ses robots pourraient écrire des articles dans tous les domaines, y compris des textes longs, sur des sujets complexes. Il a aussi promis qu’un jour prochain ses machines remporteraient un prix Pulitzer.

 

Cet optimisme délirant a son exact opposé. Des critiques craignent déjà que les industries de l’information utilisent les machines pour générer du contenu adapté au goût de chacun, comme des infopubs ciblées, encore et toujours pour stimuler la consommation, évidemment.

 

Dans les faits, pour l’instant, les petites mains robotisées occupent des niches microscopiques en information. Ils peuvent trier rapidement une masse de données. Ils sont adaptés à notre ère du « big data ».

 

Les machines sont aussi très actives et efficaces dans la recherche et la diffusion d’infos. Le site Google Actualités automatise la sélection et la présentation d’articles sélectionnés dans une vingtaine de langues. Ses robots d’indexation sont appelés « googlebot ».