La Métropole contre la Ville

Le Journal La Métropole se dit victime de représailles économiques de la part de l’administration municipale. Le gratuit indépendant distribué au centre-ville de Montréal affirme que le maire Applebaum lui «coupe les vivres […] parce qu’il n’a pas aimé le portrait fait de lui» paru dans l’édition de décembre.

La direction du média dénonce la situation en une de sa dernière édition et dans un communiqué émis mardi. «Jamais, et même sous le régime autocratique de Jean Drapeau, a-t-on vu un tel procédé émanant directement du cabinet du maire à l’endroit d’un média», écrit Stéphane Maestro, éditeur de La Métropole. La publication, aussi disponible en ligne (lametropole.com), affirme avoir perdu un contrat annuel de 30 000 $ de publicités municipales.


La Ville réplique qu’il s’agit plutôt d’un contrat de 16 000 $ qui n’a effectivement pas été renouvelé après être arrivé à échéance à la fin 2012. «Il n’est pas question que le maire et les institutions qu’il représente, notamment la Ville de Montréal et l’arrondissement Ville-Marie, s’associent de nouveau à cette publication», écrit Jacques Martineau, conseiller principal du maire, dans une plainte déposée le 28 janvier 2013 auprès du Conseil de presse du Québec, tribunal d’honneur du journalisme.


Le texte du litige intitulé What do you want in your coffee? - un portrait-choc du maire Applebaum a été signé par le journaliste Daniel Rolland. Le format hybride entremêle le style habituel de la chronique aux réponses du maire. Le titre réfère à une question posée au journaliste, en anglais, par une collaboratrice du maire. Le dernier paragraphe lance: «Vivement novembre 2013 avec un maire plus à l’écoute des contribuables.»


En entrevue au Devoir, le propriétaire du journal réitère qu’en démocratie, les élus doivent supporter la critique. «On se croirait en Russie, dit Stéphane Maestro. On a beau ne pas aimer notre journaliste — oui, c’est un coloré, mais il a 40 ans de métier et 25 ans à Radio-Canada —, la liberté de presse demeure fondamentale. Il a fait des portraits semblables de Louise Harel et de Richard Bergeron de l’opposition sans problème.»


Jacques Martineau, lui-même ancien journaliste, répète à son tour que le titre ridiculise le maire, qu’il y a confusion des genres entre le portrait annoncé et le billet d’humeur publié, et qu’en plus, le texte emploie des « propos désobligeants », par exemple, en parlant des «Esquimaux qui pissent dans l’édicule de la station de métro».


«Nous sommes libres ou non de renouveler le contrat de pub, dit-il. En plus, est-ce que La Métropole respecte les règles éthiques du journalisme? Je ne crois pas.»

1 commentaire
  • Franklin Bernard - Inscrit 8 février 2013 10 h 52

    Minable de la part de la mairie.

    La censure économique par un organisme gouvernemental, plus sournoise et plus minable encore que la censure par décret. Quoi, demain? Le Conseil des Arts de Montréal va couper les subventions d'une compagnie de théâtre qui monterait une pièce critiquant l'administration montréalaise?

    « Nous sommes libres ou non de renouveler le contrat de pub, dit-il. En plus, est-ce que La Métropole respecte les règles éthiques du journalisme ? Je ne crois pas. »

    Totalement comique de voir le mot «éthique» dans la bouche d'un conseiller d'un «maire» issu des rangs d'Union Montréal. Voilà un mot qui hante sûrement les couloirs de la Commission Charbonneau.