Dans «Chaos», une spectaculaire tragédie

Lysandre Ménard et Pier-Gabriel Lajoie dans la série «Chaos» à TVA
Photo: Eric Myre Lysandre Ménard et Pier-Gabriel Lajoie dans la série «Chaos» à TVA

On émerge K.-O. du visionnement des deux premiers épisodes de Chaos. D’abord, la musique. Puis, les cris. D’abord, l’excitation quand elle se conjugue au temps de la jeunesse, de la complicité, de l’amitié. Puis, le drame. Imaginé par Josélito Michaud, réalisé par Stéphan Beaudoin (Alerte Amber, L’heure bleue), ce très intense thriller psychologique cogne, fort, par son contenu et fascine par sa structure.

Tout commence par le spectacle d’INVO (le chanteur Simon Morin, dans son premier rôle), rock star dont les chansons ressemblent à s’y méprendre à celles de Daniel Bélanger (qui les a en fait écrites et arrangées). INVO termine sa tournée sa mondiale chez lui, à Montréal. Salle comble. Un groupe de chanceux aura même la chance d’assister au show dans la section VIP.

Elle est pas belle, la vie ? Elle l’est. Jusqu’à l’explosion. La fumée. Les hurlements. Les images qui se défilent. Les corps projetés. Déchirés. Le sang. La réalisation de Stéphan Beaudoin aurait pu se faire voyeuse, elle se fait honnête et respectueuse. Le résultat n’est que plus douloureux.

Il y aura 8 victimes et 20 blessés. Ce sont les chiffres. Personne en réalité ne sortira indemne, physiquement ou psychologiquement, de ce drame sans nom — dont on ne sait qui est responsable ni pourquoi il a eu lieu.

Car contrairement à la tragédie du Bataclan (dont le procès des 20 coaccusés commençait hier à Paris), immédiatement revendiqué par le groupe armé État islamique, on ne parle pas ici de « terrorisme en cascade » : « Chaos n’est pas calqué sur ce drame, mais les scénaristes et moi nous sommes inspirés des effets post-traumatiques qu’ont ces tragédies, indiquait hier Josélito Michaud en conférence de presse. Nous avons beaucoup lu et étudié sur le sujet. » Afin de comprendre les victimes sur place et les autres, qui le deviennent par ricochet. Parents, familles, amis.

À ce contenu choc s’ajoute une structure qui semble avoir explosé en même temps que la salle de spectacle. On se retrouve devant un casse-tête dont les pièces sont formées d’allers-retours dans le temps. Quelques jours après le drame, quelques heures avant. Et pendant. Les morceaux du puzzle sont heureusement bien coupés et s’emboîtent aisément, commençant à former un paysage complexe qui n’apparaîtra dans son entièreté qu’au bout des 10 épisodes.

Du monde à la messe

Le pari était d’autant plus risqué que Chaos compte sur une distribution très nombreuse. Des vétérans (entre autres Pascale Bussières, Christian Bégin, Fanny Mallette, Pierre Lebeau et même un Denis Bernard sur le coup méconnaissable) y côtoient une bonne dizaine de jeunes actrices et acteurs.

Parmi eux, Lysandre Ménard incarne une virtuose du piano (la musique classique occupe aussi une belle place dans la série) invitée au spectacle par un inconnu (Pier-Gabriel Lajoie). Elle est fan d’INVO, elle accepte. Le destin.

Bientôt, ils sont dans la foule, avec amis et complices. Parmi eux, Will (Tom-Eliot Girard), serveur dans un café qui a convaincu sa sœur (Carla Turcotte) de prendre son quart de travail afin qu’il ne manque pas le début du spectacle. Elle ratera ainsi la première heure du show. Lui, pas. Le destin.

Dans les coulisses, le récit s’arrête surtout sur la rock star et sur son frère (Henri Picard). Dans la peau d’INVO, donc, le chanteur Simon Morin. « Parce qu’il sait habiter une scène. Pour le jeu, il a beaucoup travaillé avec une coach », indique l’idéateur de la série dans laquelle « on va découvrir ce que ça signifie, être une star ».

Tous ces personnages, découvre-t-on très vite, ont des secrets. Ils mentent. Ne jouent pas franc-jeu. Mais mentent-ils vraiment ? « On voit ce qu’on veut bien voir, on entend ce qu’on veut bien entendre. Et on se rappelle de ce qu’on veut bien se rappeler », résume Josélito Michaud.

Ah oui, et il y a le spectacle ! Présent dans tous les épisodes et tourné en temps de COVID. Le gros défi de la production. « Il fallait qu’on y croie et pour cela, il était clair dès le premier meeting qu’il nous fallait de vrais musiciens. On en a placé 14 sur scène. » Devant de jeunes spectateurs… moins nombreux toutefois que ce qu’il n’y paraît à l’écran. La magie des effets spéciaux. Ça marche. Et ça débouche sur des images (déjà) nostalgiques de jeunes qui hurlent leur joie, qui chantent, qui s’embrassent, qui filment avec leur téléphone.

Et soudain, l’explosion.

Le chaos.

Chaos

Sur TVA, dès le mardi 14 septembre, à 21 h

À voir en vidéo