«Epstein’s Shadow: Ghislaine Maxwell»: de fille à papa à mère maquerelle

Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell, le 13 juin 1995 à New York
Photo: Patrick McMullan via Getty Image

Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell, le 13 juin 1995 à New York

« C’est une opportuniste. » « C’est un monstre. » « Elle est pire qu’Epstein. » « En prison, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. » « Elle va jouer à la victime pour s’en tirer avec 10 ans plutôt que 35 ans de prison. »

Elle, c’est Ghislaine Maxwell. Incarcérée depuis juillet 2020 dans une prison fédérale à Brooklyn, l’une des plus dangereuses aux États-Unis, elle est accusée d’avoir recruté des adolescentes pour Jeffrey Epstein, qui les violait par la suite. En attente de son procès, qui devrait se tenir en novembre 2021, elle vient d’essuyer un cinquième refus à sa demande de remise en liberté. Rappelons qu’Epstein s’est enlevé la vie dans sa cellule le 10 août 2019.

Dans Epstein’s Shadow : Ghislaine Maxwell, documentaire décliné en trois épisodes, la Torontoise Barbara Shearer (Hot Market, Pretty Dangerous), d’abord fascinée par Jeffrey Epstein, a voulu en savoir plus sur cette Anglaise de bonne famille diplômée d’Oxford et mondaine charismatique dont le carnet d’adresses contenait les coordonnées de nombreuses célébrités : politiciens, Prix Nobel et têtes couronnées.

La principale intéressée ayant refusé sa demande d’entrevue, la documentariste s’est tournée vers d’anciennes connaissances et d’ex-amis intimes, des journalistes, des auteurs et des victimes afin d’en ébaucher le portrait. Y est-elle parvenue ? Partiellement.

Le premier épisode nous montre Ghislaine Maxwell, assise sur un banc public dans Central Park, en 1992, soit un an après la mort de son père, Robert Maxwell, magnat de la presse britannique. « Comme dans toutes les familles, mes parents veulent que je sois heureuse », affirme-t-elle à une journaliste, le regard triste, fuyant, le sourire timide, forcé.

« L’êtes-vous ? » s’enquiert l’intervieweuse. S’ensuit un moment d’hésitation. « Je suis heureuse, répond-elle lentement, comme si elle cherchait ses mots. Dans la mesure où j’ai plein de choses pour lesquelles je devrais être reconnaissante. Mais ce que j’aimerais pour moi-même, c’est de réussir quelque chose. »

Au cours de cet entretien, Ghislaine Maxwell parle également de la vérité qui finit toujours par se savoir et du fait que, personne ne la connaissant à New York, où elle va refaire sa vie, on ne lui pose pas de questions sur son père, dont le corps a été retrouvé au large des îles Canaries après qu’il fut tombé de son yacht, Lady Ghislaine. Accident, suicide ou meurtre ? La fille à papa choisit la troisième option.

L’ombre du père

Il sera beaucoup question du sulfureux Robert Maxwell, né Jan Ludvik Hoch dans une pauvre famille juive de la République tchèque, père tyrannique, homme d’affaires malhonnête acculé à la ruine, dans Epstein’s Shadow pour expliquer le comportement de Ghislaine Maxwell et sa relation avec Epstein, qui fut d’abord partenaire d’affaires du paternel avant d’être celui de sa fille chérie.

Certes, les révélations sur le lien qu’elle entretenait avec ce père qu’elle adorait et les parallèles entre les personnalités de Robert Maxwell et de Jeffrey Epstein éclairent sous un nouveau jour Ghislaine Maxwell. Mais est-ce suffisant pour expliquer comment une femme éduquée, lumineuse et rassembleuse, telle que décrite par ceux qui l’ont connue dans sa jeunesse, se transforme en impitoyable prédatrice sexuelle pour un homme qu’elle aime ?

Tandis que le deuxième épisode se concentre sur le modus operandi, que décrivent non sans émotion des victimes déjà vues dans la docusérie Jeffrey Epstein : Filthy Rich (Pouvoir, argent et perversion), de Lisa Bryant, le troisième revient sur la chronologie des événements ayant mené à la première arrestation du prédateur sexuel à Palm Beach jusqu’à celle de sa principale maquerelle au New Hampshire après un an de recherches.

Bien que captivante, la docusérie de Barbara Shearer devient bien vite redondante. Toujours les mêmes photos qui défilent. Toujours les mêmes extraits d’archives qui repassent. Toujours les mêmes propos que ressassent les différents intervenants. Un montage plus resserré aurait sans doute mieux servi Epstein’s Shadow, qui paraît bien pâle à côté de la percutante Filthy Rich.

Alors que la série de Lisa Bryant laissait deviner un véritable travail d’enquête approfondi, celle de Barbara Shearer semble ramasser les miettes de ce que la première aurait laissé derrière et se contenter d’enchaîner les hypothèses de mondains et de journalistes. À défaut d’être le complément parfait de Filthy Rich, Epstein’s Shadow en est l’intrigant préambule.

 

Epstein’s Shadow: Ghislaine Maxwell

★★ 1/2

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