Debbie Lynch-White, se choisir avant tout

Dans la série documentaire «Histoires de coming out», la comédienne Debbie Lynch-White s’entretient avec des personnes de différents horizons et générations, dont des personnalités connues.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Dans la série documentaire «Histoires de coming out», la comédienne Debbie Lynch-White s’entretient avec des personnes de différents horizons et générations, dont des personnalités connues.

Des histoires de coming out, Debbie Lynch-White en connaît un lot. Tandis qu’elle discutait de ce rite de passage quasi obligatoire pour les membres de la communauté LGBTQIA + avec sa femme, Marina Gallant, elle constate que le sujet a été assez peu exploité.

« Je me demandais pourquoi ces conversations-là ne sortaient pas de ma cour, raconte l’actrice jointe par Le Devoir. J’avais l’impression que j’avais des choses à apprendre sur la communauté, que c’était une belle façon de développer son empathie en allant à la rencontre de ces histoires parce qu’on ne sait jamais vraiment ce que les gens ont traversé. »

Elle lance alors sur ses réseaux sociaux un appel à tous ceux qui souhaiteraient parler de leur coming out : « J’ai senti un besoin de parole chez les personnes qui ont vécu ça, ce qui m’a démontré qu’on n’en parle pas assez. »

Au gré des confidences

De cette idée est née la série documentaire Histoires de coming out, où l’actrice s’entretient avec des personnes de différents horizons et générations, dont des personnalités connues. Ainsi, dans le premier des 12 épisodes, elle recueille les témoignages de Karine, dont la mère a coupé les ponts peu après son coming out, et de Pierre Lapointe, qui interprète, à la demande de l’animatrice, la magnifique chanson Maman, Papa.

Confiant elle-même à la caméra, aux côtés de sa compagne, les raisons qui l’ont poussée à faire son coming out à 29 ans, Debbie Lynch-White traverse toute une gamme d’émotions au gré des confidences.

« Même les histoires les plus difficiles, où il y a eu le plus d’obstacles et de deuils à faire, sont extrêmement lumineuses du fait que ces personnes-là ont pris la meilleure décision de leur vie. Une décision pour eux, pour elles. »

J’ai énormément espoir en l’avenir. J’espère que, dans quelques années, on va voir ma série comme quelque chose d’obsolète, qu’on dira qu’on n’était donc pas avancés en 2021.

Comme l’explique l’actrice, faire son coming out, c’est poser un geste libérateur, c’est se choisir : « C’est aussi un point de non-retour ; tu te dis “qui m’aime me suive”. Pour de vrai. » Debbie Lynch-White ne cache pas que le but premier de la série était que plus personne n’ait à faire de coming out. Au fil du tournage, elle a peu à peu nuancé ses idées.

« J’ai compris que pour certains, le coming out était une étape importante dans leur cheminement, qu’ils en avaient besoin pour plein de raisons. Je voudrais que la série fasse en sorte que plus personne n’ait peur du rejet ou ne se fasse rejeter en faisant son coming out, qu’elle conscientise les gens sur ce geste et humanise ces histoires. Ce que je souhaite profondément avec la série, c’est qu’à défaut de changer des vies, elle ouvre le dialogue. »

Dix ans plus tôt

Au deuxième épisode, c’est au tour de Simon Boulerice, qui parmi ses nombreux chapeaux porte celui d’auteur jeunesse, et de Kaleb, pansexuel de 11 ans qui tenait à participer à la série, de se confier à Debbie Lynch-White.

« Je constate que les plus jeunes ont plus de vocabulaire. Moi, à l’âge de Kaleb, le mot “pansexuel” n’existait pas. Avoir un mot, c’est être visible, c’est s’identifier. C’est pour ça que toutes les lettres de l’acronyme LGBTQIA+ sont toujours en redéfinition. Et c’est parfait ainsi parce que ces groupes-là deviennent visibles. »

Évoluant dans une société hétéronormative, les petits garçons se font encore souvent demander par les plus grands s’ils sont une blonde, et les fillettes un chum : « Il faut arrêter de tenir pour acquise l’orientation sexuelle d’une personne. Me faire demander quand j’étais enfant si j’avais un chum ou une blonde, ç’aurait changé ma vie. J’aurais fait mon coming out plus tôt. Aujourd’hui, les jeunes font leur coming out 10 ans plus tôt qu’avant et plusieurs parents de mon âge élèvent leurs enfants de façon complètement révolutionnaire en parlant des différentes orientations. »

« L’homosexualité a été décriminalisée au Canada en 1969. À l’époque, l’homosexualité était encore considérée comme une déviance, un problème psychologique, une maladie mentale. Et on ne s’en est pas encore débarrassé, mais au fil des générations, ça va disparaître. J’ai énormément espoir en l’avenir. J’espère que, dans quelques années, on va voir ma série comme quelque chose d’obsolète, qu’on dira qu’on n’était donc pas avancés en 2021. J’espère qu’on va avoir l’air d’une gang de losers ! » conclut en riant Debbie Lynch-White.

Jouer hors du placard

Lorsqu’une personnalité connue dévoile son orientation sexuelle, elle devient par la force des choses une sorte de modèle pour les jeunes et moins jeunes qui vivent encore dans le placard. Elle peut aussi devenir la cible de moqueries, de propos blessants et d’insultes homophobes.

 

Parlez-en à Dany Turcotte ou à Safia Nolin… Il n’est pas étonnant que certains artistes préfèrent taire leur homosexualité. Ce fut le cas de Michel Louvain, qui fit un élégant coming out posthume.

 

Au moment de faire le sien, Debbie Lynch-White incarnait l’IPL Nancy Prévost dans le très populaire téléroman Unité 9 depuis quelques saisons et se préparait à prêter ses traits et sa voix à la Bolduc au grand écran. Elle ne craignait donc pas d’être cantonnée aux rares rôles de lesbienne.

 

« Ça veut dire quoi, jouer une lesbienne ? Le spectre est large… Je pense que c’est plus sévère pour les acteurs homosexuels que les actrices lesbiennes. Les gens nous imaginent plus jouer des mères, la maîtresse ; j’ai l’impression que les gars sont plus ostracisés là-dedans. On peut se demander c’est quoi, la place des rôles de fiction homosexuels. Est-ce qu’il s’en écrit tant que ça ? Est-ce qu’on pourrait en écrire plus ? »

 

Celle qui incarne une mère de famille hétérosexuelle dans Une autre histoire poursuit : « On est tous d’accord pour dire que le propre du métier d’acteur, c’est de se transformer, de jouer des personnages. Malheureusement, et c’est à ce niveau-là qu’il faut que ça change. Il y a des décideurs qui sont influencés par l’orientation sexuelle de l’acteur. »

 

Même si sa sortie du placard n’a pas eu d’incidence sur sa carrière, l’actrice réfléchit beaucoup au fait de réserver ou non les rôles de LGBTQIA+ aux membres de cette communauté.

 

« S’ils ne sont pas appelés pour jouer des personnages hétérosexuels, qu’est-ce qui leur reste ? Je comprends cette frustration-là. On leur demanderait s’ils voulaient que jouer des personnages LGBTQIA+ qu’ils diraient non. Ce qu’on veut, ultimement, c’est de tous être dans la même pièce, de tous être sur un même pied d’égalité, de tous avoir les mêmes chances de jouer tous les rôles. Ça rejoint autant la diversité corporelle, culturelle que sexuelle. Je crois qu’on est en train de se décloisonner. »

Une série qui fait du bien

Série documentaire de 12 épisodes, réalisée par Maude Sabbagh (Faire oeuvre utile), Histoires de coming out est, si l’on se fie aux deux premiers épisodes vus en projection de presse, à l’image de son animatrice : sensible, humaine et rassembleuse. À fleur de peau, pleine d’empathie et de respect, Debbie Lynch-White sait mettre à l’aise ses interlocuteurs. Ayant elle-même traversé les étapes du coming out, elle s’avère la parfaite confidente avec qui l’on relate, entre les larmes et le sourire, des souvenirs tantôt douloureux, tantôt heureux. Bien qu’une boîte de mouchoirs puisse être nécessaire pour les spectateurs au coeur tendre, cette série intimiste, jamais voyeuriste, véhicule un optimisme conquérant.

Histoires de coming out

Lundi, 21 h, à Moi et cie



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