​Sur vos écrans: tant qu’il le faudra!

L’une des membres du groupe électro Nervo, dans le documentaire «Underplayed»
Photo: Bell Média L’une des membres du groupe électro Nervo, dans le documentaire «Underplayed»

Vers l’égalité sur scène, ou presque

Les Galipeau’s sont de retour ! Les personnages créés par Chantal Lamarre et Sylvie Dumontier — au cœur du documentaire de Mélanie Dion et Julie Blackburn, l’amusant mais fort pertinent Madame revient de loin, qui se penchait l’an dernier sur l’évolution de la situation des femmes québécoises depuis les années 1960 — égaient cette suite, reprenant du service pour explorer, avec les touches d’humour piquantes qui faisaient le charme du premier effort, comment les choses ont changé pour les femmes dans le merveilleux monde des arts, des années 1960 à aujourd’hui.

Photo: Artv Le documentaire «Madame veut se faire remarquer»

Le constat qui émerge des témoignages des artistes interrogées (Catherine-Anne Toupin, Queen Ka, Marie-Pier Arthur et les comédiennes du Projet Stérone) et de la sociologue Francine Descarries est en général optimiste, même si elles reconnaissent qu’il reste encore beaucoup à faire pour atteindre l’égalité avec leurs collègues masculins. Elles soulignent, entre autres, le manque de diversité dans les rôles offerts aux actrices, la place encore marginale que les organisations culturelles et les médias réservent aux artistes féminines ainsi que les réactions des collègues masculins, et même du public, qui semblent encore parfois dater d’une autre époque. Mais il y a de l’espoir, notamment grâce à l’appropriation que font certaines créatrices des plateformes numériques, qui leur permettent de faire entendre leur voix à leur façon.



Madame veut se faire remarquer, suivi de Madame revient de loin
Artv, lundi, dès 20 h 
  

Sortir de l’ombre électronique

On reste dans le domaine culturel avec ce documentaire canadien, étrangement coproduit par Bud Light (!), mais extrêmement bien construit, documenté et magnifiquement réalisé par Stacey Lee, sur les inégalités flagrantes dont sont victimes les musiciennes et productrices de la scène électronique mondiale.

Photo: Bell Média Le documentaire «Underplayed»

Le film, qui s’avère passionnant, même pour ceux qui s’intéressent peu à ce genre musical, dresse un portrait peu reluisant de la situation à partir des témoignages des rares artistes féminines (elles sont cinq !) qui se trouvaient dans le top 100 des DJ à surveiller de Billboard Dance en 2019. On suit en tournée et dans leur quotidien la Canadienne REZZ, le duo de jumelles Nervo (qui partent en tournée avec leurs nourrissons de quelques mois), Alison Wonderland et d’autres musiciennes moins connues, qui cherchent à faire leur marque dans cet univers où moins de 10 % des artistes invités dans les grands (et parfois moins grands) festivals sont des femmes, où ces dernières sont souvent considérées comme moins compétentes (parfois par le public !) et sont surtout moins bien payées que leurs collègues masculins.

Le long métrage documentaire, qui passe en un coup de vent, entre autres grâce aux segments qui nous font découvrir les créations de ses intervenantes, dresse du même coup un historique de la genèse de ce genre musical, à laquelle ont participé de nombreuses pionnières méconnues du grand public, et met en lumière des solutions pour améliorer le sort de ces artistes à part entière.



Underplayed (V.O.A)
Crave, dès lundi 
 

Celles qui font des vagues

Dans un registre plus classique, et même didactique, le documentaire français Droits des femmes, une histoire de combats livre une chronologie bien partielle, mais abondamment commentée des trois grandes vagues de l’histoire du féminisme, principalement en racontant l’influence de certaines de leurs figures de proue.

Photo: TV5 Image tirée du documentaire français «Droits des femmes, une histoire de combats»

Ainsi, on découvre le combat d’Olympe de Gouges pour la reconnaissance des femmes comme citoyennes durant la Révolution française ; celui des suffragettes britanniques, marqué par l’influence d’Emmeline Pankhurst et d’Emily Davison ; la lutte pour le droit à disposer de son corps influencée par Simone de Beauvoir et Simone Weil. Seule la troisième vague, toujours en cours, qui a pris de l’ampleur avec le mouvement #MoiAussi, n’est pas associée à une personnalité en particulier, sinon aux « précurseures » d’Hollywood. L’intérêt de cette introduction bien partielle à l’histoire des femmes et du féminisme réside surtout dans les analyses et commentaires éclairants d’historiennes et de spécialistes des luttes, militantes féministes de différentes générations, dont la chroniqueuse du Devoir Francine Pelletier.


Droits des femmes, une histoire de combats
TV5, lundi, 21 h

Le visionnement de la semaine

La nouvelle série française portant le sceau du géant rouge californien se distingue à plusieurs égards. Cette adaptation d’un film indépendant autoproduit avec trois fois rien, lauréat du prix du Meilleur long métrage au Festival du polar de Cognac en 2017, n’a rien de l’esthétique « léchée » des Lupin, Marianne et autres Révolution qui ont trouvé leur place sur la plateforme. On est ici devant une production qui reprend le concept des « images trouvées », un peu comme dans le film culte Blair Witch Project, au fini granuleux et à la caméra agitée. Les cinéastes Ange Basterga et Nicolas Lopez reprennent le canevas de leur oeuvre originale en racontant comment un réalisateur et son caméraman en train de tourner un clip de rap dans une cité « chaude » se retrouvent mêlés à une guerre de gangs, mais déploient cette fois leur récit à haute teneur d’action bruyante et violente en dix courts épisodes d’une dizaine de minutes, une formule encore assez rare chez les géants du streaming.



Caïd
Netflix, dès le 10 mars

À ne pas manquer

Le choc des idées
 

D’abord présentée au théâtre Espace Go à l’automne 2018, la pièce de théâtre documentaire L’assemblée de la compagnie Porte Parole (J’aime Hydro) devait partir en tournée au Québec quand la COVID est venue tout perturber… La chaîne publique québécoise offre une nouvelle vie à l’écran à cette œuvre qui recrée sur scène une soirée de conversation entre quatre femmes issues de milieux bien différents et aux appartenances politiques et idéologiques à plusieurs égards irréconciliables sur des sujets « sensibles » comme les accommodements raisonnables, l’identité québécoise et le féminisme. Avec Pascale Bussières, Amélie Grenier, Nora Guerch et Christina Tannous dans les rôles principaux.



​L’Assemblée
Télé-Québec, le 12 mars, 22 h (en simultané et en rattrapage à telequebec.tv), rediffusion le 14 mars, 20 h 30